Emma Watson chez les satanistes dans « Regression » d’Amenabar

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Emma Watson choisit ses rôles à l’instinct, et depuis la fin de la saga Harry Potter il y a quatre ans, ce dernier l’a plutôt bien guidée. Après des pépites indépendantes (‘Le Monde de Charlie’) et des grosses productions discutables (‘Noah’), la comédienne fraîchement diplômée dévoile une facette sombre de son jeu dans ‘Regression’, le nouveau thriller d’Alejandro Amenábar (‘Les Autres’). Mais ne la cantonnez pas au cinéma, car du yoga à son rôle d’ambassadrice de la cause féminine à l’Onu, Emma a plusieurs cordes à son arc…

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce film, et comment choisissez-vous vos rôles?

Emma Watson: « Mes choix de rôles sont assez instinctifs et rapides. J’ai réalisé que si j’hésite trop longtemps, c’est souvent mauvais signe. Et c’est très dur de me faire changer d’avis (rires)! Mais dans le cas de ce film, je trouvais le rôle vraiment inhabituel et surprenant, donc j’étais tentée. Et quand j’ai rencontré Alejandro Amenábar, j’ai vu que c’était quelqu’un à qui je pouvais faire confiance, qu’il allait créer un environnement dans lequel je pourrais bien façonner le rôle. Après notre rencontre, je savais que j’allais faire le film.»

C’est un film inspiré de faits réels: avez-vous fait des recherches sur le sujet?

«Oui, Alejandro m’a envoyé un énorme dossier avec toutes les recherches qu’il avait faites pour l’écriture du scénario, ça m’a beaucoup aidée. J’ai découvert qu’il y avait eu plein de cas avec des circonstances similaires, et assez récemment. C’était fascinant.»

Le film parle de satanisme et de foi. Quelle est la place de la religion dans votre famille?

«Mon père dirait qu’il n’est pas religieux du tout, et ma mère est très spirituelle et ouverte. J’ai grandi avec les deux opinions, du coup personnellement je me situe entre les deux. La religion me fascine, j’adore les rituels, les traditions, le sens de la communauté. Mais il y a évidemment des aspects plus sombres, qu’on voit justement dans le film.»

En parlant de spirituel, il paraît que vous êtes une instructrice de yoga certifiée?

«Je ne suis pas encore certifiée, mais j’essaye de l’être! Cet été, j’ai effectué une retraite spirituelle -qui a été rapportée comme un ‘vœu de silence suite à mon horrible rupture’- mais en fait c’était dans le cadre de ma formation. J’ai passé une semaine d’entraînement à la méditation, pour obtenir ma certification. Donc ce n’était pas aussi dramatique que ce qui a été raconté (rires)!»

D’où vous vient cet intérêt pour la méditation?

«C’est né d’un intérêt pour le bouddhisme. Je m’y suis intéressée au départ de façon érudite, mais j’ai réalisé que lire des livres ne suffit pas, il faut mettre la main à la pâte pour que ça marche. Donc je m’y suis mise, et j’aime beaucoup ça, ça m’aide énormément.»

Avez-vous déjà été hypnotisée, ou aimeriez-vous l’être?

«Mon Dieu, non. Je crois beaucoup à la puissance de l’esprit, et je pense qu’il faut faire gaffe à qui on laisse farfouiller dedans! Ça m’angoisserait beaucoup de laisser quelqu’un d’autre avoir une emprise sur mon bien-être émotionnel et psychologique. Je me méfie de toute pratique qui nous ôte le pouvoir de nous aider nous-mêmes, qui implique de laisser le pouvoir à quelqu’un d’autre.»

Lors de votre discours aux Nations unies en septembre 2014, vous avez évoqué la difficulté d’avoir été exposée aux médias à un si jeune âge. Comment l’avez-vous vécu?

«C’était dur, parce que j’avais intériorisé pas mal de réactions négatives, et du coup j’avais l’impression que j’étais difficile à vivre. Je me demandais si j’étais à ma place dans ce métier, je n’arrivais pas à comprendre si le problème venait de moi ou pas, et s’il y en avait un. C’était une période difficile, mais j’ai eu la chance d’être entourée de personnes de confiance, ce qui n’est pas toujours facile à trouver dans ce milieu. Mes parents m’ont beaucoup aidée aussi, heureusement ils n’étaient pas concentrés sur ma carrière. Tout ce qui comptait pour eux, c’est que je sois heureuse.»

Vous pensiez que vous étiez difficile: on dit beaucoup ça des actrices, mais pas tellement des acteurs. Pensez-vous qu’il y a deux poids, deux mesures?

«Oui. Tout comme une fille autoritaire sera taxée de ‘chieuse’ alors qu’un homme autoritaire sera vu comme un ‘meneur’ (rires). Je pense que les jeunes femmes sont souvent récompensées pour leur obéissance et leurs bonnes manières. Et si elles dévient de ce stéréotype, elles ne sont pas récompensées de la façon dont les jeunes hommes le sont.»

Beaucoup de voix se lèvent pour dénoncer cela, avez-vous le sentiment que les choses changent?

«Oui, les gens commencent à en avoir conscience, mais le changement social profond prend du temps, c’est quelque chose de subtil. Parfois je dis des choses misogynes sans même m’en rendre compte, et ça me rend furax! Le conditionnement social, c’est quelque chose de très puissant, il faut en être conscient. Mais oui, je pense que ça s’améliore!»

En quelques lignes

Dans les années 90, le quotidien d’une petite communauté sans histoires du Minnesota est bouleversé quand un jour, la jeune Angela Gray (Emma Watson, dans un rôle inhabituel) accuse son père d’attouchements. Traumatisée, la jeune fille évoque des rituels sataniques, et trouve refuge chez le pasteur du village. Or, quand l’inspecteur Bruce Kenner (Ethan Hawke), en charge de l’affaire, questionne le paternel, ce dernier prétend ne se souvenir de rien… Faux témoignage ou vraie amnésie ? Pour percer le mystère, Kenner fait appel au professeur Raines (David Thewlis) qui, va tenter de faire remonter les souvenirs enfouis par le biais de l’hypnose. Une méthode appelée ‘régression’… Encore une fois, le réalisateur des ‘Autres’ se joue avec brio de notre capacité à distinguer le vrai du faux. Dans un polar nébuleux baignant dans les tons bleu-vert, il installe un jeu de dupes dont le spectateur, tout comme l’inspecteur, doivent se dépêtrer. Malgré la facture classique, et un dénouement dont on ne dira rien, le procédé fonctionne, et tient captif tout du long.

3/5