« Une Aube boraine », quatre spectacles faits de chaleur populaire

Ph. Alessia Contu

C’est un projet un peu fou par son ambition : faire naître la culture là où elle paraissait exclue. Paraissait seulement ! Après deux ans de « marches » à travers le Borinage, Lorent Wanson et son Théâtre Épique ont ramené une ambiance, une essence en ayant sondé les forces vives de cette région à laquelle on accole si souvent l’adjectif « sinistrée ». Une série d’artistes ont ainsi rencontré dans les lieux de vie, de culture et de communauté pour tenter de « rendre visible les invisibles ». Et quand on voit les quatre petits spectacles qui sont présentés jusqu’à demain au Théâtre National, on en ressort revigoré par la convivialité, la simplicité, et s’il y a de la tristesse, la mélancolie trouve le réconfort auprès des autres. Le projet s’insère dans la vaste programmation de Mons 2015 et y trouve la concrétisation d’un travail de fond qui entend dépasser la seule année de mise en lumière de la capitale européenne de la culture.

Rebondir quand on est mis hors jeu

Ph. Camille Meynard
Ph. Camille Meynard

« Hors jeu », la proposition de Violette Pallaro, traduit parfaitement ce sentiment. Envoyée à Wasmes à la recherche d’histoires de sorcières, la comédienne française va ramener de son escapade le récit d’un club de foot planté au pied d’un terril. Avec Salvatore, président bénévole du Royal Sporting Club de Wasmes, elle va découvrir les joies du sport local faits de personnages chaleureux. Mais lorsque Doosan Frameries, usine du coin, annonce sa fermeture, c’est 313 travailleurs, dont Salvatore, qui voient leur avenir s’assombrir. Où trouver la force de rebondir ? Chez les autres, en se serrant les coudes. Un sympathique hommage à ceux qui injustement se font mettre « hors jeu ».

Les oubliés de la petite reine

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Ph. D. R.

Projet encore en gestation, « Porteur d’eau » a fait ressurgir chez son auteur Denis Laujol sa passion pour le cyclisme. Même plus qu’une passion, puisque le comédien a tenté de se faire un nom sur une petite reine avant de monter sur les planches. Découvrant l’existence de Florent Matthieu, coureur de Quaregnon qui connut quelques succès locaux dans l’immédiat après-guerre avant de devenir un soutient important de l’équipe belge sur les routes du Tour de France. Mêlant exploits de celui qui tint pendant 30 ans un café sur la place de la commune boraine et ses souvenirs sportifs personnels, il explore les petites gloires d’un sport populaire, tout en étant juché sur sa bicyclette. Encore fragile, on attendra la forme finale qui arrivera en décembre à Liège avant de tourner dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Un réseau cosmopolite

Ph. Ingra Soerd
Ph. Ingra Soerd

Arrivant bruyamment dans le bar du théâtre pendant l’entracte, Sébastien Bonnamy, lui aussi Quaregnonais, nous raconte sa mésaventure. Alors qu’il doit jouer un spectacle, il tombe en panne de voiture aux quatre pavés de Quaregnon. Faisant jouer son réseau de connaissances pour se sortir de cet immobilisme, cet homme explosif va emmener le spectateur dans un Borinage « cosmopolite » : d’un ami turc à un garagiste italien, en passant par un mécanicien grec. Chacune de ses rencontres sont l’occasion pour le comédien de goûter à la chaleur de ces gens, toujours prêts à donner un coup de main. Sincère et plein d’humour, on est touché par ce récit , qui porte bien son titre : « Tu n’avanchras d’jamin tout seu ».

Jour de gloire pour une fillette

Ph. Julie Jaroszewski
Ph. Julie Jaroszewski

Mais notre coup de cœur va à la jeune Laura Fautré et à son exploitation du folklore wasmois avec « Ma Pucelette ». Légende multiséculaire, la Pucelette de Wasmes revient sur l’histoire d’une petite fille enlevée par le dragon des marais et libéré par le chevalier Gilles de Chin grâce à l’intervention de Notre-Dame de Wasmes. Elle donne lieu à un cortège et une procession tous les lundis de Pentecôte, où la star n’est autre qu’une petite fille de 4-5 ans, née dans le village, qui revêt la robe de satin bleu de ladite Pucelette. Au gré de témoignages patiemment recueillis auprès des anciennes élues à ce rôle folklorique majeur, elle questionne l’enfance et une région et nous interroge sur les dragons contemporains qui mettent fin à l’âge de l’innocence. Subtil autant que virevoltant, humoristique autant que touchant, elle arrive à tirer de cette fête populaire locale une proposition très personnelle et universelle. À recommander !

De cette soirée composée (qui n’est qu’un extrait de ce qui s’est créé pendant deux ans), on ressort convaincu de partir sur les routes, motivé de gratter la grisaille des masures pour faire briller la lumière des gens.

« Une Aube boraine », au Théâtre National jusqu’au 17 octobre.

Nicolas Naizy