Toujours trop d’enfants pour récolter le cacao

Le chocolat est l’un des produits phares du commerce équitable. Pourtant, beaucoup reste à faire pour améliorer les conditions de travail dans les champs de cacao. Une étude américaine estime que deux millions d’enfants travaillent dans les plantations.

Le chocolat équitable se répand chaque année un peu sur les étals des magasins européens. La part de chocolat certifiée durable (label équitable Fairtrade, labels durables Rainforest Alliance et UTZ Certified) a explosé, passant de 2 % en 2009 à quelque 15 % aujourd’hui. Mais une grande partie de la production ne bénéficie pas des standards protecteurs offerts par ces certifications. Une étude de l’université de Tulane (États-Unis) s’inquiète même d’une situation alarmante sur le terrain : en 2014, 2,1 millions d’enfants travaillaient dans le secteur du cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire. C’est 21% de plus qu’il y a cinq ans.

Comment expliquer cette situation, alors que les représentants de l’industrie du cacao et du chocolat ont ratifié, en 2001, un protocole prévoyant une baisse de 70% du travail des enfants avant 2020 ? L’organisation de la production est pointée du doigt. Plus de 90% est assurée par de très petites exploitations, souvent familiales. Loin des secteurs réglementés et surveillés, ces exploitations continuent de recourir au travail des enfants.

Les promesses de Mars et Fererro

D’autant plus que de nombreux producteurs sont contraints de vendre leur cacao à des prix désavantageux. En amont de la filière, on ne trouve que des grosses pointures : huit entreprises contrôlent 80 % du commerce du cacao, deux transformateurs (Barry Callebaut et Cargill) produisent entre 70 et 80% du chocolat de couverture utilisé comme matière première par les chocolatiers, dont les 6 plus grands (Mars, Nestlé, Kraft/Cadbury, Ferrero…) contrôlent 40 % du marché.  » Cette énorme concentration de pouvoir explique en partie le ‘paradoxe du cacao’ : malgré une demande croissante et l’envolée des prix, les cultivateurs continuent de vivre dans une extrême pauvreté « , déplore Samuel Poos, du Trade for Development Center (un département de la Coopération Technique Belge).

La situation n’est pas pour autant condamnée à rester figée. Les grandes entreprises de chocolat (Mars, Ferrero, Nestlé, Hershey, Callebaut.) ont promis de recourir exclusivement à du cacao durable d’ici 2020. Pour Samuel Poos, il est pourtant indispensable de répondre à ce problème au plus vite.  » Il y a urgence. Demandez aux deux millions d’enfants qui travaillent dans les champs « , conclut-il.

 

 

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