Des trous dans la mémoire numérique

Au Seagate Data Recovery Center, un petit groupe de geeks hautement qualifiés s’active sur des disques durs crashés en provenance de toute l’Europe. Ils se penchent pendant des heures, parfois même plusieurs jours, sur des dispositifs de stockage de données brûlés, noyés, voire endommagés de façon apparemment irréparable, dans le but de récupérer les souvenirs précieux de leurs clients, souvent au désespoir. Metro est allé à leur rencontre.   

Un disque dur bourré de souvenirs est aussi précieux que fragile. Précieux parce que ce petit tas de métal stocke plus d’informations qu’une boîte crânienne humaine moyenne. Fragile parce que leurs propriétaires, parfois négligents, les ont fait crasher et ont perdu de ce fait pas mal de souvenirs précieux. Ce reportage nous a conduits dans la périphérie d’Amsterdam, où est installé un des trois seuls Data Recovery Center du monde. Tous les disques durs crashés d’Europe sont expédiés vers ce site néerlandais pour y être remis en état. Une tâche délicate, que des ingénieurs essentiellement russes ne prennent pas à la légère.

Nous nous attendions à voir des hommes en tablier blanc en train de chipoter à des équipements mystérieux dans un environnement stérile. La réalité relève nettement moins de la science-fiction. La pièce est bourrée d’étagères pleines de disques durs, tant crashés que réparés. Chaque ingénieur dispose de son propre petit îlot plein d’ordinateurs et de tout un arsenal de pinces avec lesquelles il s’active imperturbablement. «Les gens qui travaillent ici font partie du top mondial absolu en matière de connaissance des puces informatiques», explique Melvin Plak, le manager du laboratoire qui nous sert de guide. «Et ce n’est pas un hasard s’ils ont pratiquement tous la nationalité russe. En Russie, il n’y a pas de culture du tout à la poubelle comme chez nous. Là-bas, ils s’acharnent à réparer les vieux appareils. Et c’est la mentalité dont nous avons cruellement besoin ici.»

BOUÉE DE SAUVETAGE

Le Seagate Data Center est en effet pour beaucoup de gens leur tout dernier recours. «Nous recevons ici des disques durs qui ont déjà subi des tentatives de réparation. Ils constituent pour nous notre plus grand challenge parce qu’on y a déjà beaucoup bricolé. » Dans 90% des cas, le disque dur est endommagé physiquement, dans les 10% restants les données ont été écrasées ou endommagées par l’un ou l’autre logiciel malveillant. La réparation des disques durs consiste majoritairement en un travail manuel et chaque cas est unique. «Il n’existe pas de formation pour pouvoir exercer cette profession. Vous devez simplement disposer d’une vaste connaissance de l’informatique. Les techniciens qui travaillent ici sont en réalité surtout des gens débrouillards et ils apprennent toutes les ficelles du métier sur le tas en interne», explique M. Plak.

Néanmoins, les données de 90% des disques confiés au centre sont récupérées. Mais la récupération de vos chères photos de vacances vous coûtera une fortune: près de 500 €. «Nous travaillons toujours avec un prix fixe, peu importe la quantité de travail que nous demande le disque à réparer. Nous pouvons en récupérer certains après une petite heure de travail, tandis que d’autres nous prennent facilement un mois de travail. Le problème est que nous ne pouvons pas le prévoir à l’avance. Nous devons donc prévoir une certaine marge pour que notre activité reste rentable.» Normalement, le but est que chaque ingénieur répare 3,5 disques durs par jour. En moyenne, une procédure de réparation prend 15 jours, mais certains disques durs exigent beaucoup plus de temps. Dans ce cas aussi on cherche une solution le plus longtemps possible. «La semaine passée, notre directeur m’a téléphoné parce qu’un cas prenait bien trop de temps. Mais il s’agissait des données d’une vieille dame qui aurait aimé récupérer les toutes dernières photos de son mari décédé. Dans un cas pareil, je n’ai pas le coeur de stopper plus tôt », nous confie Melvin Plak.