Astérix, toute une histoire

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Le jeu sur l’Histoire est un puissant ressort comique d’Astérix. Même si Uderzo et Goscinny ne sont pas des spécialistes de l’histoire de la Gaule, ils ont tapé juste à plusieurs reprises. Metro va tenter de démêler le vrai du faux.

Ph. David Darrault
Ph. David Darrault

Entre Dijon et Auxerre, le nom d’Alésia se retrouve à la fois sur les frontons d’un collège ou d’un office du tourisme. La  place forte gauloise a cédé à l’invasion romaine en 52 avant Jésus-Christ. C’est en effet ici que Vercingétorix, après avoir fédéré les tribus gauloises, a finalement déposé les armes aux pieds de César. Aujourd’hui, Alésia a également donné son nom au MuséoParc aux portes du bourg d’Alise-Sainte-Reine, où archéologues poursuivent leurs recherches sur la civilisation gauloise, ayant retrouvé les traces d’une cité antique gallo-romaine.

Les spécialistes se sont d’ailleurs amusés à se replonger dans les albums de la série qui nous occupe pour discerner le vrai du faux de la représentation de ce qu’étaient les Gaulois. Jusqu’au 30 novembre, l’exposition « Astérix à Alésia, du mythe à la réalité » s’évertue de confronter Astérix aux plus récentes découvertes archéologiques. « Je pense qu’Uderzo et Goscinny se sont beaucoup documentés », nous explique Mathilde Le Piolot-Ville du MuséoParc et co-commissaire de l’exposition qui y est présentée. « Il y a d’ailleurs un certain nombre de petites choses correctes, mais souvent sur base des connaissances des années cinquante », époque de la naissance du héros au casque ailé.

D’ailleurs, ce couvre-chef guerrier est présent dans l’imagerie des manuels scolaires du début du 20e siècle. Mais les archéologues n’en ont jamais retrouvé de tels. Cornus, rehaussés d’une tête animale, les casques portaient souvent des protège-joue qui auraient pu être pris pour des ailes. Ne tenons pas rigueur aux auteurs de ces erreurs scientifiques, elles ne viennent en rien dévaloriser la qualité des bandes dessinées, celles-ci ayant même suscité pas mal de vocations chez les historiens et les archéologues.

Vercingétorix, héros unificateur

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Né dans l’actuelle Auvergne (à Gergovie, lieu d’une bataille où Agecanonix était présent, comme il aime le répéter), Vercingétorix a réussi à fédérer les tribus pour résister à l’envahisseur romain. Quant à son célèbre bouclier arverne -qui donne son titre à la 11e aventure d’Astérix et Obélix-, « on ne l’a jamais retrouvé », nous assure Mathilde Le Piolot-Ville. « D’ailleurs, les seules mentions faites du guerrier sont celles de César dans ses célèbres « Commentaires sur la Guerre des Gaules » (« De bello gallico »). De son visage on ne le connaît que par sa face frappée sur plusieurs pièces de monnai. Uderzo et Goscinny ne se sont pas privés de détourner le mythe de Vercingétorix dès les premières cases d’Astérix le Gaulois. On le voit lâcher ses armes pesantes sur les pieds d’un César  émettant un « Ouap ! » de douleur. Les auteurs prennent ainsi un malin plaisir à humilier celui qui avait fait tomber la France… pardon, la Gaule.

Le village à la française

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« Dans le village gaulois d’Astérix, Uderzo a dessiné des maisons aux formes variées (rondes, carrées,…), ce qui était conforme, encore une fois, aux affiches pédagogiques. Or, comme le rappelle l’archéologue Claude Grapin dans notre exposition, l’habitat était plutôt rectangulaire. » Mais d’autres éléments de la BD se rapprochent de la réalité. Autour de l’oppidum d’Alésia, on aurait aussi retrouvé des camps romains à l’image du village gaulois encerclé par Petibonum, Babaorum, Laudanum et Aquarium.

Les pères d’Astérix ont aussi décrit une véritable société faite de traditions. On pourrait aussi poursuivre sur bien des thèmes comme le fait de transporter le chef Abraracourcix sur un bouclier. « C’est inexact », rectifie Mathilde Le Piolot-Ville. « Selon les spécialistes, il s’agirait d’un emprunt à l’époque mérovingienne et celle de Clovis plus particulièrement. » Là aussi, l’image vient des livres d’histoire que feuilletaient Uderzo et Goscinny sur les bancs de l’école élémentaire. Enfin, si les Gaulois privilégiaient le porc d’élevage au sanglier, ils portaient bien des braies et les délicates rayures d’Obélix ne seraient pas éloignées des carreaux des authentiques vêtements de l’époque. Là aussi, les auteurs ont vu juste et n’ont jamais raté l’occasion de faire du détail un ressort humoristique pour notre plus grand plaisir.

L’art de l’anachronisme

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 À plusieurs reprises, Goscinny et Uderzo se sont amusés à faire des allusions anticipées à l’Histoire de France ou du monde. Mais ces allusions se font souvent avec finesse et permettent une lecture à plusieurs niveaux. Des exemples ? Dans « La Grande Traversée », Astérix cherche à attirer l’attention d’un bateau qui pourrait les évacuer, lui et Obélix, de l’étrange nouveau continent sur lequel ils ont échoué. Telle la Statue de la Liberté, inaugurée à New York en 1886, il brandit une torche, un parchemin à la main.

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Dans « Astérix en Corse », alors que les différentes factions locales se rassemblent pour affronter l’ennemi romain, Ocatarinetabellatchitchix, personnage au port impérial, parle de ses « grognards », surnom donné aux soldats de la Vieille Garde de Napoléon Bonaparte. Quant au chef Osterlix, guère besoin d’expliciter.

Nicolas Naizy

À l’occasion de la sortie du 36 e album des aventures d’Astérix le Gaulois, Metro vous offre la possibilité de remporter une soirée VIP à Paris pour rencontrer les auteurs Albert Uderzo, Didier Conrad et Jean-Yves Ferri. Pour tenter votre chance, cliquez ici.