L’école de demain sera connectée

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A l’heure où l’école peine à introduire le numérique dans ses programmes, le Docteur français en sciences de l’éducation Bruno Devauchelle redessine l’avenir d’un système déconnecté. Le techno-pédagogue lui prédit d’ailleurs une restructuration globale.

Fini les bouliers, plumiers et autres ustensiles héritiers d’un autre siècle au sein des établissements! Place aux tableaux interactifs, smartphones, tablettes et objets connectés en tous genres. Présenté comme la troisième révolution de l’enseignement après l’écriture et l’imprimerie, le numérique est le prochain défi de taille pour les acteurs éducatifs et le monde politique l’a bien compris.

La transition numérique de l’enseignement figure dans le «Pacte pour un Enseignement d’excellence», le chantier phare de la législature de Joëlle Milquet. Notre ministre de l’Éducation a d’ailleurs annoncé la mise en place, dès la rentrée, d’une plateforme numérique pédagogique, d’espaces numériques de travail dans chaque établissement, d’installation de compétences numériques des enseignants et des élèves et d’une gouvernance numérique incluant notamment l’école et l’administration.

Besoin de réformes

Ces initiatives, et plus globalement les stratégies numériques déployées par les gouvernements européens, ne sont pas suffisantes, selon Bruno Devauchelle, Docteur en sciences de l’éducation et chercheur associé au laboratoire des technologies numériques pour l’éducation de l’université de Poitiers. Si les puissances publiques n’ont pas les moyens financiers de suivre l’évolution technologique, le techno-pédagogue français est un partisan d’une refonte globale du système scolaire tel qu’on le connaît. «L’école n’est pas structurellement adaptée car elle est organisée sur le livre, sur le papier. Or, le multimedia fleurit et il faut donc inventer de nouvelles formes pour apprendre et s’affranchir des normes actuelles. »

Concrètement, l’expert préconise de restructurer le monde scolaire, de repenser l’emploi du temps, les contenus de programmes, les locaux et la formation des enseignants. Il propose d’alléger la taille du programme obligatoire afin de favoriser les initiatives locales et les travaux pratiques. Il invite aussi à réinventer les modes d’examens, en s’attardant non plus sur les produits finis mais sur les processus de pensée. Considérant que toutes les innovations intrascolaires sont effectuées, le professeur prône une formation ‘ex-cathedra’.

Pour M. Devauchelle, l’école de demain serait une sorte de maillage de lieux interconnectés où les professeurs prendraient la posture d’accompagnateurs et où l’apprenant aurait un accueil individualisé afin de passer de sa problématique individuelle à une dynamique de groupe qui a envie d’apprendre. «Les écoles, les universités, les musées, les bibliothèques pourraient servir de lieux du moment qu’ils soient tous en réseaux et que les compétences du personnel s’ouvrent vers un accompagnement pédagogique structurant. Le tout avec un système de certifications réformées et d’équivalences. Tout étudiant pourrait alors valider, où qu’il soit allé, ce qu’il a appris. C’était ça, l’esprit de Bologne au départ! »

Généralisation

Toutes les études s’accordent pour le dire: le marché de l’e-éducation explosera dans les années à venir. L’ère numérique offre au secteur un nouveau souffle à la fois en termes de diffusion du savoir et de techniques pédagogiques. Si le secteur éducatif a compris depuis longtemps le potentiel de ces outils, leur propagation décolle à peine dans la pratique car ils s’installent dans un paysage qui essuie constamment de grands bouleversements. Pour notre expert, il devient urgent d’accompagner cette transition numérique d’une véritable réflexion pédagogique «afin de ne pas renforcer les inégalités et les fossés culturels et intellectuels qui caractérisent déjà nos systèmes scolaires». Fréquents dans le cadre de projet pilotes, ces dispositifs technologiques peinent à se généraliser au sein de nos institutions.

SOURCEGaëtan Gras
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