Le succès du blocus assisté

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La seconde session approche à grands pas. Certains étudiants tentent de ne pas céder à la panique et font appel à une aide extérieure pour mettre toutes les chances de leur côté.

Difficile de se concentrer quand toute la famille ou les amis sont en vacances et en profitent. De plus en plus d’étudiants recherchent alors un havre de paix, vierge de toute tentation, pour se concentrer sur ces tortueuses équations mathématiques ou sur cet abscons syllabus de droit romain. Certains s’isolent dans des communautés religieuses. D’autres font appel à des services privés d’encadrement pédagogique.

Sans distraction

Les blocus assistés fleurissent autour des campus. Il s’agit d’études encadrées qui tentent de remédier au choc que provoque le changement de rythme scolaire entre le secondaire et le supérieur. «Avant d’entrer dans le supérieur, on va à l’école pendant 12 ans, emmagasinant un volume de matière impressionnant, mais on n’apprend jamais à apprendre », constate Lola Van Lierde, cofondatrice de la Student Academy.

Créée en 2014, cette asbl propose des sessions de blocus encadrées par des professeurs (doctorants et assistants) dans la plupart des matières (scientifiques, juridiques, sociales, humaines et de gestion) enseignées dans le supérieur. À l’entrée de la classe, les étudiants abandonnent smartphones et tout ce qui pourrait les distraire. Limités à dix par groupe, les «bloqueurs» ont la possibilité de poser des questions au professeur et de travailler en journées complètes d’une dizaine d’heures.

«Nous leur expliquons qu’être étudiant est un travail à temps plein », explique Lola Van Lierde qui a vu passer 300 étudiants en 2014. Ils seront plus de 600 cette année à la fin des quatre sessions organisées pendant l’année. «On réalise avec eux un planning d’étude personnalisé. Ils testent d’abord leur vitesse d’étude et ensuite on répartit la matière à étudier dans un planning déjà très serré », détaille notre interlocutrice, pour qui méthode et organisation sont les piliers d’une bonne étude. «Tout le monde est motivé pour réussir, mais certains ne savent pas comment s’y prendre. »

Selon la Student Academy, plus de 90% des cours étudiés en blocus assisté en son sein sont réussis. Lola Van Lierde souligne toutefois que les miracles n’existent pas. «Il faut oser leur dire qu’il est possible qu’ils ratent. Même s’il y a un échec, on leur enseigne une dynamique qu’ils appliqueront l’année d’après. »

Une aide demandée

À 350 € la semaine (repas, encadrement et méthodologie compris), le blocus assisté n’est pas à la portée de tous. La Student Academy propose également des soirées gratuites centrées sur des conseils méthodologiques personnalisés.

L’offre, qui s’enrichit chaque année, répond à une demande. Universités et hautes écoles déploient leur propre dispositif d’«aide à la réussite», mais il apparaît insuffisant, et le marché est en train de combler le manque. Lola Van Lierde, qui dit être en discussion avec les universités, parle d’un «sous-financement » des aides à la réussite: «Or il faut très peu pour aider les étudiants. » Le secteur privé dit chercher à favoriser le partenariat avec les établissements d’enseignement. Mais toujours selon la responsable de l’asbl, les universités craignent de développer des partenariats avec des organismes privés extérieurs alors qu’elles reçoivent des fonds, certes minimes, pour organiser l’encadrement des étudiants en demande d’assistance.