«Bigfoot est comme un enfant à qui on refuse un bonbon!»

À l’occasion de la sortie de Vice Caché en DVD et Blu-ray, nous vous avions présenté la semaine passée la carrière de Joaquin Phoenix, qui y interprète le rôle principal. Phoenix n’est pas seul à l’affiche de ce film, mais fait partie d’un impressionnant casting qui comprend aussi son acteur préféré, Josh Brolin. Une interview de Brolin s’imposait dès lors. Dans Vice Caché, il joue le rôle de Christian «Bigfoot» Bjornsen, un flic rétrograde qui déteste les hippies.

Votre interprétation de Bigfoot est un vrai régal pour les spectateurs. Qu’avez-vous encore apporté au personnage?

«C’était aussi un plaisir à jouer. Qu’est-ce que j’ai apporté au personnage? Je ne sais pas. Quand j’ai analysé avec Paul (Thomas Anderson, le metteur en scène) le livre et le scénario, j’ai vu comment il transposait dans le film l’ambiance du livre. Sa vision de Bigfoot, comme un antagoniste, était d’emblée aussi très claire. Bigfoot est tellement différent et inflexible dans sa manière d’être dans cette nouvelle époque. Il n’est pas du tout de son temps, mais se voit comme une sorte de héros. La réalité est toutefois diamétralement opposée quand on voit comme il est discrédité par sa femme.»

«Bigfoot est un contraste permanent. Il veut désespérément être important mais en même temps il ne veut pas l’être. Cela provoque des explosions de colère comparables à celles d’un enfant qui ne reçoit pas de bonbons au supermarché. Après un certain temps, vous vous mettez de plus en plus à faire des parallèles de ce genre. Quel effet cela fait? Où ai-je déjà vu un tel comportement? Ai-je déjà rencontré des agents de ce genre?»

«Et ce n’est encore rien. Ai-je déjà rencontré des enfants comme ça? Absolument. Et comment se comporte Bigfoot sans surveillance? Les seuls signes d’intelligence qu’il montre se manifestent quand il agit comme un tyran, quand il dit: « Elle est partie. Qu’est-ce que cela signifie? » C’est le seul petit pouvoir qu’il peut se trouver et il en fait grand usage. Quand il a du pouvoir, il en fait mauvais usage. Il ne sait pas ce qu’il doit en faire parce que c’est un grand enfant. Je ne veux pas me montrer méprisant envers les enfants, mais Bigfoot est comme le gosse au supermarché qui dit: « J’aime les sucreries et je veux plus de bonbons. Pourquoi on ne s’arrête pas au rayon des bonbons? On est quand même au magasin pour acheter des choses qu’on aime? » C’est la mentalité de Bigfoot.»

Bref, vous vous êtes bien amusé?

«Je me suis délecté! Pendant les scènes, ce n’est pas nécessairement une partie de plaisir, mais quand toutes les pièces sont en place, qui est Bigfoot, ce que devient le film, ce qu’est le livre de Pynchon et comment vous l’interprétez, à partir de ce moment cela devient vraiment très chouette.»

«J’ai joué dans suffisamment de films dans lesquels je me suis amusé et à propos desquels je me suis demandé par la suite ce qui s’était passé, et ce n’est pas agréable! Quand j’ai visionné Vice Caché, j’ai pensé que l’ambiance du film avait été choisie sur base de ce que nous avions fait et que c’était une démarche intéressante! Nous avons beaucoup bossé et réalisé tout un tas de versions différentes. Nous avons parfois surjoué, mais cela ne fonctionnait pas dans la réalité du film. Ce que vous voyez est une version mesurée de ce que nous avons fait.»

Comment s’est passée la collaboration avec Joaquin Phoenix? Vous paraissez avoir une formidable complicité à l’écran.

«C’était formidable! Nous nous complétions parfaitement. J’ignore si cela tenait au scénario, mais c’était comme s’il n’y avait pas de frontières et ça me plaisait. Il y avait toujours une sorte d’électricité dans l’air sur le tournage. Même quand nous ne faisions rien, on pouvait la sentir et c’était épatant. Vous ne saviez pas si cela convenait toujours pour le film mais c’était une chouette ambiance!»

Il y a une scène particulièrement gag avec vous et Phoenix quand Bigfoot soulève Doc et essaie de courir devant la voiture. Était-ce un moment spontané?

«Tout à fait, c’était notre première scène et tout coulait de source. Ce jour-là, nous avions aussi une scène avec beaucoup de dialogues dont nous n’avons en fin de compte pas prononcé le moindre mot. Paul a dit à un moment: « Pourquoi n’exprimeriez-vous pas chaque ligne en dansant? Quand vous avez une ligne de texte, vous devez l’exécuter en dansant et je veux que Bigfoot imite l’attitude de Doc ». Cela a l’air ridicule mais cela nous a mené ailleurs, ce qui à son tour nous a encore amené ailleurs, pour finalement arriver à ce que vous voyez à l’écran, qui est parfait à mes yeux.»

Comment Paul a-t-il collaboré avec vous pour arriver à l’essence de Bigfoot?

«Je ne me comparerais jamais à Paul, mais il y avait une certaine analogie entre nos intérêts, nos passions et toute cette effervescence. Nous pouvions donc beaucoup parler, analyser les choses et venir avec de nouvelles idées. Souvent, nous étions assis côte à côte à regarder nos chaussures, tout en cogitant. Beaucoup d’idées ne convenaient pas, mais certaines étaient géniales. Et alors Joaquin nous surprenait encore souvent en faisant des choses qui allaient de fantastiques à dingues ou très émouvantes.»

«Bref, c’était formidable. Je ne sais d’ailleurs même pas comment je pourrais le décrire autrement. Il y avait des moments plus difficiles, mais nous veillions à garder une dimension humaine. Les frontières s’estompaient mais il fallait toujours que cela reste humain. Vous changiez parfois brusquement de direction, mais vous vous en teniez toujours au cœur de la relation. Et il y avait aussi une complicité. Ce que je veux dire, c’est que Bigfoot avait clairement de meilleures relations avec Doc qu’avec sa femme!»

Inherent Vice BoxVous voulez voir Josh Brolin briller aux côtés de Joaquin Phoenix, Benicio Del Toro, Reese Witherspoon et beaucoup d’autres? Vice Caché est disponible dès à présent en DVD et Blu-ray!