Barabara Abel: Quand les victimes deviennent bourreaux

Nous rencontrons Barbara Abel sur la terrasse d’un café du Parvis de Saint-Gilles. La Bruxelloise, la Saint-Gilloise plus précisément, revient avec un nouveau thriller « L’innocence des bourreaux». Un roman entre frissons et humour, parfait pour se détendre sur les plages cet été.

Pourquoi vos bourreaux sont-ils finalement innocents?

« Ce sont des gens ordinaires qui, dans une situation extraordinaire, doivent faire des choix. Ils doivent se positionner à un moment donné en tant que bourreaux alors que ce n’est pas du tout dans leur nature. »

Ils ne sont finalement pas à 100% innocents.

« Dans la vraie vie, les gens sont-ils à 100% innocents ? Ce que j’ai voulu raconter et mettre en scène, c’est Monsieur et Madame Tout-le-monde qui, dans une situation extraordinaire, verront tous leurs repères de moral, de vie en société et de relation avec les autres être complètement chamboulés et bouleversés. Ils vont devoir se positionner face à leurs propres intérêts. C’est la question que je me pose à propos des autres et de moi. Comment vais-je réagir face au danger ? Et jusqu’où est-on prêt à aller ? »

Même avant de devenir bourreau, vos personnages ont quelque chose à se reprocher.

« C’est inhérent à la nature humaine. La raison pour laquelle j’ai eu l’idée de cette maman qui laisse son enfant seul deux minutes chez elle pour aller faire une course est parce que moi-même, cela m’était arrivé. Une fois, j’ai été vite à l’épicerie qui était à 20 mètres de chez moi en me disant que mon enfant ne risquait pas grand-chose. Mais je l’ai fait une fois et pas deux. »

Vous avez stressé?

« J’ai stressé hyper fort. Pourtant, ça m’a pris trois minutes. J’ai pris conscience des risques que je prenais s’il m’arrivait quelque chose. »

Vous décrivez une société un peu caricaturale : l’ado accro aux jeux vidéo, la vieille chieuse, le couple d’adultères, etc.

« C’est une mise en scène. Ce n’est pas un roman social. Cela reste du thriller, une fiction destinée à être ludique, lue sur les plages et à créer un frisson. Il faut amplifier les situations, les mettre en scène, ajouter des climax, des coups de théâtre, des retournements de situation pour que le lecteur passe un bon moment. Pour que moi je passe un bon moment aussi. »

Vous êtes bruxelloise. Pour la supérette, vous êtes-vous inspirée d’un lieu en particulier?

« Non, je l’ai complètement imaginée. Mais j’ai pris le prototype même de la supérette. Ce n’est pas le grand supermarché, ce n’est pas la toute petite épicerie. C’est ce genre de supérette où il y a deux rangées et deux caisses.»

On vit le braquage à travers le regard de chaque personnage. Pourquoi un roman choral?

« J’avais vraiment envie de me frotter à un roman choral. Habituellement, j’ai deux, voire quatre personnages. Je voulais plus de personnages. Ce qui me donnait plus de possibilités, de narrations, de coups de théâtre, d’interactions, etc. Par ailleurs, comme il y a beaucoup de personnages, j’avais peur que le lecteur soit perdu. Il fallait que je présente très clairement les personnages pour que, quand ils sont tous les neuf dans la supérette, le lecteur situe très vite qui est qui. Et puis, il fallait que l’empathie fonctionne bien. »

Maïté Hamouchi

En quelques lignes

Elle prend son pied à imaginer le pire, nous avoue-t-elle autour d’un café. Et ça se ressent dans son nouveau roman. Barbara Abel n’a pas ménagé ses personnages. Des personnes ordinaires qui finalement vont dévoiler une face cachée, le côté noir et sombre de leur caractère. Comment réagit-on lorsqu’on est face au danger? Sommes-nous prêts à tout pour sauver notre peau? Sommes-nous prêts à tuer ou à nous sacrifier? C’est ce genre de questions que se posera le lecteur en découvrant «L’innocence des bourreaux». Un thriller que certains producteurs veulent déjà adapter au cinéma. Ce qui, nous en sommes persuadés, sera un grand succès!

«L’innocence des bourreaux», de Barbara Abel, éditions Belfond, 336 pages, 18.50 €

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