La mode revêtue d’une mission – Des fashionistas écolos chez H&M

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Le vêtement enfilé à l’envers ne sera pour une fois pas signe de distraction ou d’habillage trop hâtif! Aujourd’hui, jour du Fashion Revolution Day, c’est en effet une façon de témoigner son soutien aux victimes de la catastrophe de l’usine textile Rana Plaza au Bangladesh, qui s’est produite il y a deux ans jour pour jour. Et de montrer que vous voulez que vos vêtements soient fabriqués dans de bonnes conditions, un objectif ambitieux aussi poursuivi par H&M. Fidèle à son habitude, le géant suédois de la mode sort aussi cette année un rapport sur la durabilité et une collection de vêtements respectueux de l’environnement sous l’appellation Conscious Collection.

Tant la sympathique Anna Gedda que la charmante Catarina Midby ont contracté le virus de la mode dès l’enfance. Aujourd’hui, elles dirigent ensemble avec passion la collection de vêtements durables de H&M. Gedda est depuis quatre mois la toute nouvelle patronne de la durabilité, tandis que Midby a une longue expérience de conseillère mode et de styliste de la collection durable. Metro a eu l’occasion de les rencontrer au siège londonien du géant suédois et d’interroger ces fashioniastas sur leurs projets en matière de durabilité.

La nouvelle Conscious Collection d’H&M vient de sortir. Achetez-vous personnellement des vêtements durables et d’autres produits équitables?
Gedda: «J’ai toujours été engagée dans l’écologie. C’est dans mes gènes et c’est dû à mes origines suédoises. Même si, je l’avoue, il m’arrive parfois de craquer pour un achat non durable. Je suis une consommatrice comme les autres!»

Le consommateur moyen est-il conscientisé à se constituer une garde-robe verte?
Midby: «La durabilité n’est pas encore un point décisif. Nos clients privilégient en premier lieu le prix et le look. Mais des études ont montré qu’ils s’intéressent de plus en plus à la durabilité, et qu’ils sont aussi prêts à payer davantage pour cela. J’ignore s’ils le feront vraiment. C’est la raison pour laquelle c’est notre tâche de rendre nos vêtements durables, à la mode et bon marché à la fois. À long terme, nos clients vont développer leur conscience écologique, j’en suis absolument convaincue.»

“Il est absurde que le prix soit associé à la durabilité”

Comment parvenez-vous à proposer des vêtements aussi bon marché? N’est-ce pas contraire à vos promesses de durabilité?
Gedda: «C’est absurde que le prix soit lié à la durabilité! Nous collaborons avec des fournisseurs qui travaillent aussi pour d’autres marques – dont des marques de luxe. Et, ne vous y trompez pas, les travailleurs reçoivent le même salaire et travaillent dans les mêmes conditions, peu importe le prix auquel le vêtement est vendu! Les vêtements de H&M affichent un prix abordable parce que nous sommes une grande chaîne et que nous pouvons commander de très grands volumes de vêtements. Nous dessinons nos propres collections, ce qui réduit aussi les coûts.»

Comment H&M essaie-t-il d’améliorer les conditions de travail dans ces usines?
Gedda: «Depuis l’année passée, nous avons instauré notre Fair Wage Method dans des usines au Bangladesh et au Cambodge. Nous leur imposons de payer un salaire équitable et décent. D’ici 2018, nous espérons que chacun des 850.000 ouvriers du textile pourra toucher un salaire qui lui permettra de vivre. Mais le problème des bas salaires concerne toute l’industrie de la mode. Il est dès lors essentiel que toute l’industrie collabore et que nous soyons tous sur la même longueur d’onde. En même temps, nous devons avoir une forte présence locale et garder le contact avec les ouvriers, les syndicats et les autorités.»

Comment essayez-vous d’inciter le consommateur à faire des choix conscients?
Gedda: «Le consommateur ne doit pas uniquement s’informer sur la durabilité mais aussi y apporter sa contribution. L’initiative dans le cadre de laquelle il peut rapporter ses vêtements dans nos magasins, de façon à ce que nous puissions leur donner une nouvelle vie, en est un bon exemple. L’année passée, nous avons ainsi récolté plus de 7.600 tonnes de vêtements usagés. Cela correspond à 38 millions de t-shirts!»
Midby: «Il est tout aussi important d’attirer les consommateurs avec de belles collections qui ne passent pas inaperçues, comme nos Conscious Collections.»

Parlons de cette collection. Quelle est votre pièce préférée?
Midby: (après un petit moment de réflexion) «C’est une question difficile! Toute la collection est spéciale et unique, mais la pièce dont je suis la plus fière est la jupe longue en lin organique. J’ai l’intention d’encore porter cette pièce pendant les vingt prochaines années, pour autant que je ne devienne pas énorme, bien entendu!» (rires)

Quelle a été votre source d’inspiration pour cette collection?
Midby: «H&M est actif sur 56 marchés. Où que nous allons, du Pérou à la Norvège, tout le monde porte la même chose et a la même idée de la mode. C’est formidable, vous ne trouvez pas? Avec cette collection, nous voulions justement mettre en valeur les différentes cultures. Certaines pièces ont des influences africaines, dans d’autres vous reconnaissez une silhouette asiatique comme c’est le cas avec la ceinture obi. Enfin, cette ligne est aussi un mix de style masculin, androgyne, et d’éléments féminins.

 

par Liesbeth De Corte

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