Un projet où valides et moins valides cohabitent pour s’entraider

Imaginez 16 appartements dans un même immeuble où des personnes atteintes d’un handicap habiteraient en toute autonomie grâce à l’aide d’autres locataires plus valides. Ce projet s’appelle « Jangada » et est porté par l’ASBL Fauteuils volants. Depuis huit ans, sa présidente Christine Schuiten et son équipe tentent de réunir les fonds nécessaires à la concrétisation de cet immeuble à Woluwé-Saint-Lambert, à proximité de l’hôpital universitaire Saint-Luc.

Sur un budget de construction estimé à 4.316.000 €, les Fauteuils volants recherchent encore quelque 480.000 €. Si le projet Jangada suscite l’enthousiasme des pouvoirs publics -et de la COCOF notamment-, il ne bénéficie pas de larges soutiens publics pour le moment. « Il s’agit d’un projet ‘inclusion’, mis en exemple,  qui s’inscrit parfaitement dans le nouveau décret qui encourage les initiatives visant à inclure les personnes moins valides », nous confie Christine Schuiten. « Cependant, il manque les arrêtés d’exécution qui permettraient à la COCOF d’octroyer les subventions nécessaires. » Laissant entendre une certaine impatience, la dynamique présidente se montre aussi compréhensive devant les obstacles législatifs et reconnaît la bonne volonté des autorités, y compris communales qui promettent un montant de 365.000 € pour la construction et un loyer préférentiel pour son fonctionnement, l’UCL octroyant un bail emphytéotique pour le terrain.

Illustration de François Schuiten
Illustration de François Schuiten

Un projet novateur et solidaire

Sur le papier, le projet semble flirter avec l’idéal (nom de la rue dans laquelle il se trouvera par ailleurs) d’une société où les personnes handicapées seraient parfaitement intégrées. Il mise sur la parfaite complémentarité des locataires, valides ou atteintes de différents handicap, qui apporteraient ainsi chacun leurs capacités et leurs compétences pour améliorer la vie de chacun. Mais il a fallu convaincre car « il n’est pas facile de comprendre la différence », souligne Christine Schuiten qui y voit même une « solution d’avenir » pour l’accompagnement des personnes handicapées. Les structures actuelles, notamment à Bruxelles, sont débordées et les listes d’attente s’allongent de jour en jour. En combinant sept logements pour moins valides à sept autres appartements pour familles valides (auquel il fait ajouter un kot étudiant), on arrive à la fois à créer l’entraide nécessaire et à une intégration visible des personnes handicapées, tout en respectant leur demande d’autonomie. Les Fauteuils volants insistent sur la richesse de la cohabitation, dans les deux sens.

Illustration de Frank Pé
Illustration de Frank Pé

En pratique, la vie de la communauté s’articulera autour des services que chacun accepte de se rendre mutuellement et des activités organisées comme l’entretien d’un potager communautaire et des rencontres au sein d’une salle polyvalente prévue dans les plans de construction. L’idée est aussi d’inviter tout le quartier à venir participer à la vie de l’immeuble, pour « un ensemble très joyeux », insiste Christine Schuiten, où l’on ne se morfond pas sur les difficultés du handicap mais où on les dépasse. Une fois le bâtiment en ordre, une commission d’admission examinera les demandes de location et veillera année après année à une cohabitation harmonieuse de tous les locataires

Moins cher mais en recherche de soutien

Comme écrit plus haut, le projet cherche encore quelques centaines de milliers d’euros pour se concrétiser. « On doit signer avec l’entrepreneur d’ici la fin de l’année », avance Christine Schuiten qui ne désespère pas. Outre le problème des fonds publics impossibles à libérer pour le moment, l’ASBL n’arrive pas à faire baisser la TVA de 21% à 6% en tant qu’aménagements pour les personnes à mobilité réduite, faute d’arrêté octroyant la reconnaissance officielle du projet. « De plus, c’est un projet qui coûtera beaucoup moins cher à la Communauté française », argumente la présidente des Fauteuils volants, puisqu’il ne nécessite pas de présence médicale et para-médicale permanente. Du personnel infirmier passera néanmoins tous les jours.

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Illustration d’Isabelle de Borchgrave

Le projet Jangada repose donc pour le moment sur l’appel aux dons et le mécénat. Ce samedi, une vente aux enchères de cerfs-volants -symboles de l’envol des moins valides en quête d’autonomie- illustrés par de grands dessinateurs permettra à la fois de rassembler quelques fonds mais aussi de rendre visible ce projet innovant. À 20h, toujours au centre culturel de Woluwé-Saint-Pierre, l’humoriste jongleur de mots Bruno Coppens présentera son spectacle « Ma déclaration d’humour » au profit du projet Jangada, exemple unique en Belgique d’un habitat véritablement solidaire.

Nicolas Naizy