«Le plus grand défi pour Bilbo est le rôle de Kofi Annan»

L’épopée de Peter Jackson dans la Terre du Milieu s’est conclue depuis un moment déjà avec Le Hobbit: la Bataille des Cinq Armées. Si vous avez envie de vous replonger dans le monde imaginaire de J.R.R. Tolkien, vous pourrez ramener chez vous le tout dernier volet de cette trilogie en DVD ou Blu-ray à partir du 22 avril. À l’occasion de cette sortie, nous vous proposons une interview de Martin Freeman, l’interprète de Bilbo Baggins (Bilbo Bessac/Bilbon Sacquet), le Hobbit principal de l’aventure.

Ces derniers temps, vous avez enchaîné les succès avec Le Hobbit, Fargo et Sherlock. Cela a-t-il changé votre vie?

«Cela a amené un changement drastique mais agréable dans ma vie, que j’accueille bien évidemment à bras ouverts! Je me fais l’effet d’un veinard avec tous ces projets qui ont connu un tel succès. C’est formidable, c’est plus que ce que je n’aurais jamais pu rêver! Donc, oui, ma vie a changé. Elle est surtout bien plus remplie maintenant!»

Les gens vous appellent-ils «Bilbo» quand ils vous croisent en rue?

«Parfois. Il y a eu aussi une époque où les gens m’appelaient «Tim» (de The Office). C’est arrivé, mais depuis un moment la plupart ont remplacé les noms des personnages que j’ai interprétés par «Martin Freeman». Et j’en suis heureux!»

Le rôle de Bilbo vous hante-t-il?

«Pas vraiment, même si des répliques me passent toujours par la tête. Il y a quelques semaines, j’ai fait la postsynchronisation du Hobbit. Psychologiquement et émotionnellement, j’ai dû me rappeler ces moments. Si quelqu’un place un fusil sur ma tempe et m’ordonne de me mettre dans la peau de Bilbo, je sais ce que je dois faire tant physiquement qu’en ce qui concerne l’attitude et les gestes. Mais je ne le porte pas en moi. Je n’ai eu cette impression avec aucun des personnages que j’ai joués.»

Était-ce bizarre pour vous que Benedict Cumberbatch, votre collègue dans Sherlock, joue le rôle du dragon?

«Oui et non. Il était le choix de casting parfait! Qu’il ait joué ou pas avec moi dans Sherlock, il était taillé pour le rôle. Ce n’était pas étrange, mais cela faisait un peu comme si notre collaboration dans Sherlock se poursuivait. Même si je ne l’ai pas vu pendant les prises de The Hobbit. Je ne travaillais même pas avec sa voix, quelqu’un d’autre lisait son texte. Donc, avec le recul, ce n’était pas si bizarre. Par contre, d’un autre point de vue, les gens nous voient toujours ensemble. Ils doivent se dire que nous formons dans ce film aussi un duo. Et dans cette optique, c’est très étrange!»

Certaines scènes de Le Hobbit: la Bataille des Cinq Armées étaient-elles inhabituelles pour vous?

«J’avais une chouette scène avec James Nesbitt (Bofur) sur les créneaux. J’ai trouvé le combat très amusant. Je n’ai pas encore eu l’occasion de faire ça très souvent professionnellement, même si j’étais particulièrement bon en « stage combat » à l’école d’art dramatique. À moins que vous ne soyez un acteur de films d’action, ce que je ne suis pas, vous ne devez pas souvent vous battre. Mais j’avais une très bonne équipe de cascadeurs et ma doublure était formidable! Il était convenu que je ferais tout ce que j’étais capable de faire. Si c’était possible pour moi, sans que les primes d’assurance ne grimpent ou que je ne sois blessé et empêché de jouer pendant une semaine, je voulais être Bilbo le plus souvent possible!»

Bilbo ne devait pas non plus être le meilleur des combattants!

«Pas vraiment, non. Il ne devient pas un vrai guerrier mais il ne se laisse pas marcher sur les pieds. Vers la fin, il est très important. Il devient plus résolu.»

Il n’est plus le personnage timide du début de l’histoire?

«Non, cela aurait été trop monotone à regarder et même à jouer! Si j’avais dû toujours jouer un Hobbit aux yeux écarquillés de surprise, cela aurait été vite lassant. Heureusement, cela n’a jamais été le cas dans l’histoire. Bilbo est passé de l’innocence à l’expérience.»

Quelle a été la plus grande épreuve à laquelle il a été confronté dans le tout dernier volet? Il s’est déjà retrouvé nez à nez avec un dragon…

«Son plus grand défi est le rôle de Kofi Annan qu’il essaie d’endosser! Il veut préserver la paix et tente d’éviter une bataille apocalyptique. Désamorcer la situation, c’est sa plus grande épreuve.»

Vous êtes formidable dans les rôles de personnages avec un côté sombre. Vous vouliez aussi montrer cette facette dans le rôle de Bilbo?

«Oui, bien évidemment, c’est intrinsèque. Quand Bilbo voit comme son ami souffre, vous ne pouvez pas interpréter cela de façon mignonne à la Hobbit. Ce serait horrible si vous deviez le faire, donc vous vous laissez guider par vos réactions. Je ne suis pas sombre. Je ne pense pas avoir une personnalité sombre, mais mon état naturel n’est pas de dire que tout est fantastique. Je ne suis pas ainsi. Je penche plutôt vers l’obscur, je suppose, et en tant qu’acteur surtout, je gravite vers ce côté, jusqu’à ce que quelqu’un dise que je dois arrêter avec ça. J’aime l’humour, j’aime jouer des rôles comiques, j’aime apporter de la joie. Mais je n’aime pas les choses bidimensionnelles. Certaines personnes disent que je ne joue que d’un ton fâché ou râleur mais ce n’est pas vrai!»

«À vrai dire, il arrive à tout le monde, moi comme vous, d’être de mauvaise humeur et chagriné, ou joyeux et comique. Cela fait partie de mon métier d’acteur de transmettre ça. Dans les aventures de Bilbo, il y a aussi pas mal de moments sombres, certainement pour quelqu’un qui vient d’un milieu paisible. Cela doit être horrible de vivre ce qu’endure Bilbo et j’aime explorer cette facette. Il m’arrive de le faire même quand ce n’est pas dans le script, parce que cela le rend plus intéressant pour moi. Mais cela se trouvait bien dans le script du Hobbit et ils ont passé beaucoup de temps à approfondir cette dimension. Je veux toujours mettre de la profondeur dans mon jeu, sinon je n’y crois pas moi-même!»

Comment s’est passé le tout dernier jour de tournage? Dans quel état d’esprit étiez-vous?

«Je me sentais à la fois soulagé et triste. Cela m’a surpris. Je suis très émotif et sentimental pour tout un tas de choses, mais je ne suis pas souvent ému par la fin de mon travail. J’aime toujours mener une tâche à bonne fin. Même si j’en jouis à fond, je veux le terminer parce que je veux avoir fait quelque chose. Cela ne dit rien du plaisir que j’éprouve pour le travail même. Chaque job que j’ai fait jusqu’ici était chouette jusqu’au tout dernier moment. C’est un fait. Jouer Bilbo pour le restant de ma vie serait un cauchemar. C’est le cas pour chaque personnage que j’interprète. Je ne veux pas non plus jouer John Watson (Sherlock) toute ma vie!

Le tout dernier jour, la toute dernière scène que j’ai tournée, c’était avec Richard Armitage (Thorin) et Graham McTavish (Dwalin) et je suis parti avant eux. Ils avaient encore pas mal de boulot et Graham m’a dit: « C’était un plaisir de travailler avec toi, mon pote! ». Sa voix s’est brisée et il était ému, si bien que je me suis aussi laissé aller. Je n’avais plus ressenti cela depuis deux ans. Je me suis soudain rendu compte que j’avais passé une grande partie de ma vie avec cette joyeuse bande. Cela m’a fait quelque chose. Je me suis dit: « On ne va plus jamais vivre ça! » et c’est bien comme ça. Mais cela a changé nos vies.

The Hobbit représente une grande part de nos vies, pendant que nous étions en train de jouer mais aussi après. Je parlerai encore de Le Hobbit quand j’aurai 90 ans! Cette expérience ne me quittera jamais. Ce tout dernier jour, j’étais soulagé et, étonnamment aussi, tout retourné. Je voyais des larmes briller dans les yeux de tous ceux qui venaient dire au-revoir.»

BX_HOB_BOFA_BD_OR_NOUV_3DLe Hobbit: la Bataille des Cinq Armées est en vente à partir du 22 avril.