L’animation s’empare du réel

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La nouvelle édition du festival Anima proposera un large éventail de la diversité du film d’animation pour petits et grands. Cette année, le documentaire animé fera l’objet d’un focus. Les pays invités sont la Lettonie et les Pays-Bas.

C’est un genre qui prend peu à peu de l’ampleur. Après nous avoir adapté les contes de fée, nous avoir créé des mondes inaccessibles ou nous avoir émus sur des romances fantaisistes, l’animation a envie de nous parler du réel. On se souvient notamment du film « Valse avec Bachir » d’Ari Folman, sur la Guerre du Liban. Plus autobiographique et décalé, « Persepolis » racontait l’enfance de Marjane Satrapi durant les dernières années de l’Iran du Shah et son arrivée en France. Anima se propose d’explorer cette conquête du réel par le cinéma d’animation. Le long-métrage « Truth Has Fallen » de Sheila Sofian servira d’introduction à ce focus. Par un mélange de prises de vue réelles et d’images animées, ce documentaire souhaite témoigner de l’absurdité d’un système juridique américain qui met encore trop d’innocents en prison, voire dans le couloir de la mort. Le programme « Docs and Stories » compile une série de courts-métrages tenant de cette même volonté de mieux comprendre le réel. L’usage de l’animation s’explique tantôt par la nécessité de combler un manque d’images réelles, tantôt par la volonté d’apporter un regard singulier permettant plus d’intériorité voire de poésie à des sujets souvent difficiles.

Mais Anima réserve aussi son lot de magie et d’aventures à travers une sélection de films grand public dont certains en avant-première, à commencer par le film d’ouverture de ce soir. « Shaun le Mouton » signe le grand retour des studios Aardman (« Wallace & Gromit », « Chicken run »), connus pour leur maîtrise de la pâte à modeler. Ce nouvel opus suit les tribulations d’un troupeau de moutons en balade en ville, avec l’humour et le dynamisme d’une maison qui ne cesse de nous enchanter. Ce sera le cas aussi des « 108 Rois-Démons » du Français Pascal Morelli, grande saga d’aventure dans la Chine du 12e siècle. L’Espagnol « Pos Eso » fera résonner claquettes et guitares flamenco au fil de la vie d’une danseuse en pleine crise existentielle. Pas moins de 35 pays seront représentés au cours de la décade qui accordera une fenêtre spéciale à la Lettonie et aux Pays-Bas. La réalisatrice balte Signe Bauman sera d’ailleurs la porte-drapeau de l’animation de son pays avec son long-métrage autobiographique « Rocks in my pockets » plein de métaphores visuelles, et une série de ses courts. Les festivaliers auront aussi l’occasion de découvrir les productions bataves. La riche sélection de courts-métrages proposée durant le festival tient à rendre compte une fois de plus de l’effervescence de l’animation internationale. Multiplicité des techniques, des sujets et des points de vue en sont sa force. Enfin, le festival n’oublie pas les plus jeunes avec des séances en après-midi qui leur sont spécifiquement consacrées, ainsi que des ateliers organisés durant toutes la semaine. La Nuit animée, un programme spéciale Saint-Valentin, un cosplay et de multiples rencontres professionnelles complètent un programme très chargé.

Du 13 au 22 février à Flagey et en décentralisation à Charleroi, Liège, Mons et Namur – www.animafestival.be

Par Nicolas Naizy