La Laponie: In the middle of snowhere

La Laponie est une région à part. Rares sont les régions en Europe où vous trouvez une aussi grande superficie inhabitée et une nature à ce point préservée, tout en étant noyé dans un silence incroyablement apaisant. Le silence d’une étendue sauvage recouverte de neige.

La Laponie finlandaise est située à plus de 2.000 kilomètres de Bruxelles. C’est la région la plus septentrionale de l’Union européenne, et cela se traduit dans tout. Nous partons à la découverte de deux petits villages: Pyhä et Salla. Le premier est un domaine skiable situé au milieu d’un parc naturel, le second un village très éloigné, à un jet de pierre de la frontière russe.

Nous découvrons Pyhä au cours d’une randonnée en raquettes. Par des températures bien en dessous de zéro la vie se déroule encore en grande partie à l’extérieur. Alors que vous et moi, lors d’une journée froide, nous tentons de réduire nos déplacements à une sortie chez le boulanger, deux rues plus loin, les Lapons, eux, enfilent leurs chaussures de neige.

Le parc national de Pyhä-Luosto est traversé par une chaîne de collines de 35 kilomètres de long, vestige d’une chaîne de montagnes vieille de 2.000 millions d’années. C’est cool -et fatiguant à la fois- de marcher avec des raquettes dans la vallée. Ici et là, nous apercevons des rochers avec de curieuses rides qui ont été creusées par les vagues d’une mer primitive, il y a des millions d’années. La mer a disparu depuis longtemps, mais le silence est encore toujours omniprésent. À mi-chemin, nous arrivons près d’une cascade gelée, un phénomène naturel unique. La couche extérieure est faite de glace, mais on entend encore l’eau couler à l’intérieur.

Un pic d’adrénaline
À Pyhä, vous voilà plongé dans le calme d’un paysage enneigé et désert, mais c’est l’adrénaline qui vous prend avec les scooters des neiges, snowboards et icekarts. L’entreprise familiale de Raimo et Sinikka Haikonen, et de leurs trois fils, est située à deux pas de la piste de ski. Ils louent des scooters des neiges et possèdent leur propre circuit d’icekarting. Toni «The flying Finn» Haikonen, un des fils, est d’ailleurs un pilote de snowmobile mondialement célèbre.

Nous nous installons dans les icekarts. C’est une course truffée de dérapages et de dépassements audacieux. Ce qui surprend, c’est ce pilotage d’un kart sur glace qui est totalement différent et pourtant étonnamment intuitif. Après un certain temps, nous prenons les virages comme des pilotes de course chevronnés, mais c’est néanmoins notre accompagnatrice de voyage finlandaise qui décrochera la médaille d’or!
Sans laisser le temps à l’adrénaline de quitter notre corps, nous nous dirigeons immédiatement vers le mur de glace un peu plus loin. S’ensuit une initiation à l’escalade avec un piolet dans chaque main et des crampons aux pieds. Il faut tenter de rester stable sur vos pieds et tirer le moins possible sur vos bras. Plus facile à dire qu’à faire quand vous n’arrivez à enfoncer -avec beaucoup de difficulté- les pointes métalliques de vos crampons que d’un demi-centimètre dans la glace, malgré un violent coup de pied qui en remontrerait au footballeur Marco Materazzi lui-même!
Après une tasse de thé chaud au coin du feu, nous regagnons, bras et jambes pleins de courbatures, le chalet où nous logeons. Une soirée au sauna et on n’y pensera plus!

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Se rendre à Salla est une expérience en soi. Pendant des heures vous n’apercevez que des arbres et de la neige, sous la lumière crépusculaire bleue de la nuit polaire. En effet, en hiver, le soleil ne se hisse que très péniblement à l’horizon et y reste suspendu pendant quelques heures avant d’abandonner la partie.
«Loin du monde habité» pourrait se traduire simplement par «Salla». Ou «In the middle of snowhere», comme le résume avec beaucoup d’à-propos mon confrère journaliste Sander. Le territoire de la commune de Salla atteint 6.000km2, mais il n’y vit que 3.700 personnes et 15.000 rennes. Soit moins d’une personne au kilomètre-carré! Pas étonnant dès lors que les Lapons aient une notion des distances très différente de la nôtre. Certains enfants parcourent tous les jours 80 kilomètres en bus pour se rendre à l’école.

Le bain glacé
Pas étonnant que les Lapons se débrouillent mieux que le Belge moyen dans les forêts finlandaises! Faire du feu, s’orienter dans la nature sauvage et survivre dans des conditions extrêmes sont des aptitudes que les enfants lapons apprennent pratiquement au berceau. Pauliina, notre accompagnatrice de voyage, nous explique qu’elle va régulièrement piquer une tête dans l’eau glacée à des températures jusqu’à -25°C. Elle doit parcourir environ 8 kilomètres pour se rendre au lac où elle prend ce bain rafraîchissant. Plus le retour. À pied!

Notre guide, Timo, nous explique que l’un de ses loisirs préférés est la pêche sous la glace. Le poisson qu’il attrape, il le prépare sur place, sur un feu qu’il fait lui-même. On cuisine en fait beaucoup avec les produits locaux. Pourquoi iriez-vous importer de la nourriture puisque la nature en est aussi richement pourvue? Nous mangeons des mûres arctiques jaunes sauvages, des truites de montagne (saumonées) et pratiquement tout du renne (langue, cœur, steak), le tout presque toujours cuit sur un feu maison.

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Timo nous explique encore que les familles finlandaises n’achètent pas leur viande à la pièce au supermarché, mais se procurent généralement un renne entier. Ce qui équivaut à environ vingt repas, apprenons-nous. Souvent, ils abattent la bête eux-mêmes. Une grande partie des hommes et des femmes sont de fervents chasseurs. Il n’empêche que les Lapons que nous avons rencontrés sont particulièrement respectueux de l’environnement. Ils préfèrent garder la nature la plus vierge possible et les animaux ne sont tués que pour être mangés.

La vaste nature
Sur un traîneau tiré par des rennes, nous nous enfonçons dans cette vaste nature, à la recherche de l’aurore boréale. Cette lumière provoquée par des éruptions solaires. Plus vous êtes près du pôle, mieux elle est observable. Pour pouvoir voir le jeu des couleurs, il faut toutefois qu’il fasse suffisamment sombre et que le ciel soit le plus dégagé possible. Pour savoir plus ou moins à l’avance s’il y aura quelque chose à voir, il y a de vraies prévisions adaptées. Le Monsieur Météo de l’aurore boréale doit malheureusement nous décevoir: il n’y en aura pas pour nous! Le caractère insaisissable de ce spectacle rouge, vert ou violet (on ne sait jamais quelle couleur on va voir) fait partie de son charme. C’est en tout cas comme cela que l’on se console.

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Mais ce besoin d’adrénaline nous reprend. Nous enfourchons le lendemain un scooter des neiges, le moyen de transport le plus utilisé à Salla. Nous suivons le guide en une longue colonne. Nous ne pouvons pas nous écarter du chemin ni aller trop vite, les machines étant très puissantes. Il ne s’agit en tout cas pas d’une promenade de santé. Foncer à 30 km/h sur un sentier cahoteux et sinueux parmi les arbres, c’est comme foncer à du 120 km/h en agglomération!

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Nous aurons encore ces sensations le soir-même lors du safari husky. À notre grande surprise, nous allons conduire nous-mêmes le traîneau, même s’il apparaît que les chiens se débrouillent bien tout seul. Le plus difficile est de freiner suffisamment en descente et de garder le contrôle du traîneau. Les sentiers forestiers sont très escarpés et notre traîneau est plutôt costaud. Heureusement, tout le monde atteint la ligne d’arrivée sain et sauf et nous recevons ensuite notre permis de conduire husky personnel, un document dont nous n’aurons malheureusement pas d’usage lors de notre retour en Belgique!
Nous terminons à nouveau la journée au sauna, une bière à la main. Les Finlandais ont en effet la marotte de boire de la bière au sauna. Sans parler de l’habitude encore plus dingue d’aller se rouler nu dans la neige après. Kippis («Santé!», en finlandais)!

www.onlyinlapland.com

Par Jelle Mampaey