Ici est né le peintre Van Gogh

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Arrivé en pasteur, Vincent Van Gogh est reparti du Borinage en dessinateur. S’il ne reste pas de nombreuses traces de son séjour, les commissaires de l’expo « Van Gogh au Borinage » ont pu tracer les sources qui l’ont inspiré durant le reste de sa carrière. Ces liens ainsi tracés sont les points forts de l’exposition ouvrant Mons 2015.

D’une petite écriture ronde et soignée proche de celle d’un enfant appliqué, les premières lettres qu’adresse Vincent Van Gogh (1853-1890) à son frère Théo expriment les doutes du futur peintre. Profondément religieux, le pasteur Vincent vient ici évangéliser les populations ouvrières qu’il s’évertue d’observer au jour le jour, dans leur travail ardu dans les mines, dans les champs et dans leurs masures. Faute de comprendre le patois local, c’est par le dessin qu’il créera le lien.

Dans sa petite chaumière des marais de Cuesmes ainsi que dans son autre résidence de Wasmes, il vit au milieu d’eux et trouvera en leur compagnie les thèmes qui le suivront encore bien des années plus tard.

De son séjour borain de 1878 à 1880, il ne nous reste de Van Gogh que quelques dessins fragiles, imparfaits mais majeurs pour comprendre la naissance artistique du Hollandais. Ce peu de traces fut une gageure pour le commissaire de « Van Gogh au Borinage », Sjaar Van Heugten, ex-directeur du Musée Van Gogh d’Amsterdam. L’option choisie donc par Mons est de montrer l’éclosion du talent encore dans l’œuf du peintre, en train de se faire la main. Pour ce faire, il copie, puise chez d’autres comme dans son environnement une nourriture graphique essentielle. De Jean-Baptiste Millet, il reprend les thèmes agricoles comme ces bêcheurs à la tâche comme il admirera plus tard Eugene Boch ou encore Constantin Meunier. Avec Holbein, il enrichit son art du portrait. Des artistes placés dans la première partie de l’exposition en regard des épreuves de Van Gogh.

Avec « Les Porteuses de fardeau » ou « Mineurs dans la neige », il capte autant l’activité que l’intime de ses personnages, développant les « types », symboles d’une catégorie plus que d’un individu. Dans sa seconde partie, l’exposition nous emmène jusqu’à la fin de carrière du peintre. Tout en développant son art de la couleur mouvementée, à l’image de ce « Semeur » suivi dans son geste par ce qui l’entoure. De ce « pays du Borinage qui me sera toujours inoubliable », écrit l’artiste, Vincent Van Gogh conservera son amour des chaumières, des tisserands observés lors d’une grande marche dans le nord de la France et son jeu pour la copie et ses études sur les corps. L’exposition montoise laisse peut-être le spectaculaire de côté mais nous entraîne avec émotion dans l’intimité d’un artiste autant que dans celle de ses sujets.

Au BAM à Mons jusqu’au 17 mai. Gratuit chaque premier dimanche du mois.

par Nicolas Naizy