Les frères Bogdanov : Le Big Bang en trois minutes, top chrono!

C’est le Big Bang pour tous que nous proposent les frères Bogdanov. Grichka et Igor ont fait le pari de nous expliquer la création de l’univers en trois minutes. L’occasion de revenir également sur leur thèse si critiquée à l’époque, mais qui pourrait peut-être bien être précurseur d’idées aujourd’hui confirmées par le monde scientifique.

Comment vulgariser un phénomène aussi complexe que la création de l’univers?

Grichka: «Nous avons choisi trois modes de narration: le texte qui, conformément au titre, peut se lire en trois minutes, l’image avec un style graphique cohérent d’un bout à l’autre et l’audio, qui n’est pas seulement le texte lu mais une mise en scène avec, par exemple, la voix d’Einstein, la voix du découvreur du Big Bang chaud John Mather, le son du Big Bang, etc.»

Pourquoi avoir utilisé la BD, chose rare dans un livre scientifique?

Gr. : «Ici, au pays de Tintin, on comprendra facilement que la BD est un support noble qui permet de véhiculer humour et poésie. Par ailleurs, nous pensons que toute la dimension du Big Bang est un voyage fascinant, une exploration empreinte également de poésie. De plus, la bande dessinée nous familiarise avec le mystère en question.»

Pourquoi le mystère de l’origine de l’univers intéresse-t-il de plus en plus le public?

Igor: «Le public est sensible aux grandes conquêtes technologiques. L’année dernière, nous avons entendu parler du satellite Plank qui avait pour mission de photographier l’univers quelques années après sa naissance, 380.000 ans après sa naissance. Cela a fortement intéressé le public. Dernièrement, tout le monde a également entendu parler de l’exploit accompli par la fameuse sonde Rosetta. Ces découvertes favorisent l’épanouissement des consciences.»

Comment est considéré ce livre dans le monde scientifique?

Gr.: «Celui-ci est très bien accueilli car les scientifiques se reconnaissent dans cette histoire. De plus, ceux qui s’occupent de la cosmologie, et en particulier de la cosmologie primordiale, retrouvent des grands personnages qui les ont précédés et auxquels ils s’identifient. Par ailleurs, nous mettons des portraits de scientifiques contemporains. Nous leur rendons un hommage

Cette ‘bonne entente’ n’a pas toujours été d’actualité entre vous et le milieu scientifique.

Gr.: «En effet. Lors de l’élaboration de nos thèses, entre 2000 et 2002, nous avons très rapidement été publiés dans une dizaine de revues à comités de lecture, des plateformes assez inaccessibles et prestigieuses. Mais quelques scientifiques, qui n’ont jamais publié dans ces revues, ont été soumis à des passions. Cette crispation est aussi explicable par le fait que nous étions connus par le biais de la télévision. Nos émissions TV étaient assez éloignées de la préoccupation des chercheurs. De plus, nous sommes arrivés avec des thèses de doctorat qui remettaient en cause le socle sur lequel ils travaillaient. Nous avons posé la question d’avant le Big Bang. Nous étions les premiers à remonter avant la création du Big Bang

Pourquoi poser la question de l’avant-Big Bang était-il sujet de discorde?

Ig.: «La science est très corporatiste. Aucune direction de labo n’avait proposé une recherche sur ce qui aurait pu avoir avant le Big Bang. Pour les scientifiques, chercher à comprendre ce qui s’était passé avant le Big bang était aussi vain que chercher ‘un point qui aurait été situé au nord du Pôle Nord’. C’est d’ailleurs une phrase qui a souvent été utilisée dans le milieu scientifique dans les années 2000. Cette question leur paraissait infondée scientifiquement. Pourtant, à partir d’outils mathématiques appropriés, nous avons construit un modèle qui nous a permis de redescendre en dessous du Big Bang

Gr.: «Une autre raison qui expliquerait le raidissement de la communauté scientifique des années 2000 est que les physiciens, contrairement aux mathématiciens, sont par définition matérialistes. Par définition également, la matière naît avec le Big Bang. Le Big Bang, c’est un jaillissement d’énergie et de matière à un instant dit de Plank, très bref, de l’ordre de 10-43 seconde, et tout d’un coup cette énergie se déploie dans le vide. Nous nous sommes donc posé la question: d’où vient cette énergie? Ce qui revient à dire qu’il y avait quelque chose avant la matière, qui est l’origine de ce jaillissement. Que s’est-il passé entre l’instant de Plank et zéro? En réalité, nous devons considérer que ce qui détermine cette naissance est un phénomène qui n’est pas de l’ordre du matériel. On doit donc quitter le protocole matérialiste. Et cela a été très mal vécu par les physiciens. Dans notre thèse, nous disons qu’avant le règne de la physique, il existe un autre règne: celui des mathématiques, celui d’un état immatériel, mathématique, numérique.»

Vous dites dans une interview ‘Aujourd’hui, on ne nous prendra plus pour des fous’. Qu’est-ce qui a changé?

Ig.: «Deux choses. La première tient de ce que l’on appelle aujourd’hui l’‘énergie noire’. C’est une force qui a pour effet d’accentuer le taux d’expansion de l’univers. Dans nos thèses, dès 1999, nous avons prédit un champ scalaire qui augmente l’expansion de l’univers. Or, à l’époque, cela a été mal reçu par les physiciens qui disaient que c’était purement mathématique et qu’il n’y avait aucune confirmation. Or, plus tard, nous avons observé des étoiles qui étaient beaucoup plus éloignées que le protocole théorique le démontrait. Elles avaient été soumises à une force qui avait accéléré l’expansion: l’‘énergie noire’. En ce qui concerne la seconde raison, contrairement à toutes les théories de l’époque, nous avons affirmé que l’univers avait une topologie sphérique. À ce moment-là, tous les physiciens étaient d’accord de dire que l’univers était plat. Or, dernièrement, les mesures qui ont été prises par le satellite Plank ont permis de conclure que l’univers topologique est sphérique. Du coup, on a vu apparaître, sur le site du satellite Plank, une rubrique ‘avant le Big Bang’. dans laquelle nous comprenons qu’avant le Big Bang, il y avait des informations. Ce qui était impensable avant!»

Aujourd’hui, continuez-vous la recherche?

Ig.: «Bien sûr. Nous sommes à l’université des sciences appliquées de Belgrade, Megatrend, la première université privée d’Europe. Nous travaillons dans le laboratoire de cosmologie dirigé par Luis Gonzales-Mestres, le préfacier de notre ouvrage. Ce laboratoire poursuit des recherches dans cette étape si essentielle de l’avant Big Bang

 Maïté Hamouchi

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bogdanov 2«3 minutes pour comprendre la grande théorie du Big Bang», de Grichka et Igor Bogdanov, éditions Tredaniel, 184 pages, 21,90€

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