Laurent Gounelle: « Accepter la mort pour commencer à vivre »

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Après un premier succès traduit en 25 langues, un projet d’adaptation cinématographique et un best-seller en 2012, Laurent Gounelle revient avec un nouvel ouvrage. Toujours centré sur le développement personnel, il s’attarde ici sur le sens de notre passage sur terre.

Qu’est-ce qui différencie ce roman des autres?

«Les thèmes correspondent à chaque fois à ce qui m’anime en fonction de mon évolution personnelle. Il y a le thème de l’acceptation des limites, la mort étant la plus grande d’entre elles, ou encore du lien avec les autres. En fait l’idée de ce roman m’est venue il y a un peu moins de trois ans lorsque j’ai constaté que cet individualisme exacerbé et ambiant rendait tout le monde malheureux. J’avais envie d’écrire un livre sur ce qu’il y a de plus beau en nous, sur ce qui nous relie aux autres, sur l’altruisme, sur notre essence.»

Le thème de la mort revient souvent. On a l’impression que la question du passage sur terre est quelque chose qui vous préoccupe pas mal.

«Oui, je me refuse d’avoir une vision purement matérialiste de la vie. Pour moi si on était là juste pour vivre quelques décennies afin de consommer un certain nombre de plaisirs cela n’aurait pas de sens. Et cette question du sens m’obsède depuis que j’ai 23 ans.»

Un âge qui correspond à un changement dans votre vie?

«En fait, à 23 ans je ne me posais aucune question existentielle. Je me suis retrouvé comme jeune cadre dans une grosse boîte, chargé d’étude économique et je me suis demandé quel sens cela avait. J’avais le sentiment que mon travail n’avait pas d’utilité pour qui que ce soit et je me disais que je ne pouvais pas vivre en produisant des choses qui n’améliorent pas le monde.»

C’est une remise en cause qui a inspiré votre personnage, Jonathan?

«Jonathan vit une crise puisqu’il rencontre cette bohémienne qui lui prédit des choses qu’il n’a pas forcément envie d’entendre. Mais cela l’amène à se poser des questions existentielles: Qu’est-ce que je veux faire de ma vie? Qui suis-je? Quel est le sens de mon passage sur terre? Je pense que ce sont des questions que nous sommes tous amenés à nous poser à un moment donné. Si on n’a pas de chance on se les posera le dernier jour venu, si on a un peu plus de chance on se les posera plus tôt.»

Vous dites que l’on prend conscience de l’importance d’une chose, en l’occurrence la vie, uniquement lorsqu’elle est menacée.

«Vous connaissez la vision de Blaise Pascal? Pascal dit que les êtres humains sont tellement terrifiés par la mort qu’ils font tout pour ne pas y penser. Ils se divertissent, ils s’abandonnent dans l’action, dans la recherche de plaisirs ou encore dans toutes sortes d’activités qui leur permettent de ne pas penser que tout cela va avoir une fin. Moi j’ai la faiblesse de croire qu’au contraire c’est quand on accepte l’idée de notre mort que l’on peut vraiment vivre.»

N’avez-vous pas l’impression d’être un peu un thérapeute ou un guide pour vos lecteurs?

«Ce qui m’anime en termes d’écriture, c’est la volonté de partager des choses qui semblent utiles pour les gens. Donc il y a cette volonté d’aider les gens, mais pas de résoudre tous leurs problèmes, je ne suis pas un thérapeute. Je me vois plus comme un éveilleur. Dans guide il y a la notion de leader et je ne suis pas du tout un meneur d’hommes, je ne l’ai jamais été.»

Un éveilleur?

«Oui, un éveilleur de conscience. Pour trouver un équilibre de vie, pour trouver le bonheur. Tout ce qui ne s’apprend pas sur les bancs de l’école. À l’école on apprend les maths, la physique, la géographie, c’est très bien, mais on n’apprend pas à se connaître, à comprendre les autres, à avoir des relations avec les autres, à mener sa vie et à être heureux. Par mon parcours, mes formations, mes voyages, mes rencontres avec des maîtres, des sages, j’ai eu l’occasion de bénéficier d’un certain nombre d’enseignements et j’ai plaisir aujourd’hui à les partager.»

Dans quoi réside le bonheur?

«Je pense que le bonheur résulte d’un équilibre entre ‘faire’ et ‘être’. Par ‘faire’ j’entends le fait d’agir conformément à ses valeurs, dans le sens de ce qui nous anime au plus profond de nous-mêmes. Pour ce qui est de ‘l’être’, il s’agit d’apprendre à apprécier l’instant présent sans attendre, sans désirer des choses, réaliser que le simple fait de vivre est quand même extraordinaire et même jouissif. Quand on prend le temps de se poser et de voir la beauté du monde autour de nous, les êtres humains, la nature, les animaux, on peut ressentir cet état d’amour, de gratitude pour la vie et ça aussi c’est un élément central du bonheur.»

 

En quelques lignes

Doit-on apprendre à accepter la mort pour commencer à vivre ? Jonathan ne s’est jamais posé la question. Entre routine professionnelle et vie personnelle chaotique, il va devoir affronter la pire des nouvelles. Quelques mots d’une bohémienne croisée sur les quais de San Francisco vont suffire à bouleverser à jamais son quotidien. Dès lors, rien ne sera plus jamais pareil. Comme dans ses précédents ouvrages, Laurent Gounelle aborde la question du développement de soi. Ici, il nous pousse à nous questionner sur un thème essentiel: le sens de note existence. Plus qu’une simple mise au point sur nos relations, une véritable ode à la vie pour encourager le lecteur dans sa recherche du bonheur.

«Le jour où j’ai appris à vivre» de Laurent Gounelle, éditions Kero, 286 pages, 19,90 €

4/5

Laura Sengler