Interview: Marion Cotillard, « Je ne suis pas une star »

La plus grande star hollywoodienne de France qui prend le bus à Seraing. Cela fait bizarre, un très court instant, car très vite Marion Cotillard vous fait oublier que c’est elle qui joue le rôle principal dans ‘Deux Jours, Une Nuit’. Le glamour, l’actrice oscarisée l’a oublié lorsqu’elle s’est lancée dans l’aventure avec nos frères Dardenne. Même si cela la mènerait finalement tout droit à Blingbling City, au Festival de Cannes.

Comment avez-vous découvert le cinéma des frères Dardenne?

Par ‘La Promesse’. Un film sublime qui m’a totalement époustouflée. Depuis, j’ai continué à suivre le travail des frères, j’ai vu tous leurs films. Je suis une immense fan. La plus grande qualité de Luc et Jean-Pierre, c’est leur amour du spectateur. Ils veulent entraîner le public dans leurs histoires, qui sont toujours pleines de surprises. Un film comme ‘Deux Jours, Une Nuit’ est à la fois un thriller, une comédie et un drame social.

Travailler avec ses idoles peut être dégrisant. Tout s’est-il déroulé comme vous l’aviez espéré?

Oui, oui, je suis toujours fan. (rires) Le tournage a été une aventure extraordinaire. Sur le plateau, je me suis sentie plus libre que jamais. Les frères sont très exigeants, mais ils vous donnent aussi une énorme confiance et une base particulièrement solide sur laquelle travailler.

Les films des frères Dardenne sont très proches de la réalité quotidienne. Je peux m’imaginer qu’en tant que star de cinéma vous en êtes justement assez éloignée. N’est-ce pas un peu paradoxal?

Non. Je ne suis pas éloignée du tout de la réalité, et je ne me considère absolument pas comme une star non plus. Cette image est créée par les médias. Même les superstars américaines qui son constamment sous surveillance, ne sont pas totalement coupées du monde extérieur. C’est vrai, je mène une vie très particulière. Je n’ai pas de régularité, je voyage dans le monde entier et je rencontre énormément de gens. Mais je pense que les PDG de multinationales, par exemple, sont nettement plus étrangers au monde,que les acteurs. Dans notre travail, nous faisons au moins encore un portrait de la réalité.

Et pourtant: du visage de Dior à l’ouvrière, c’est un grand pas;

Oui, tout comme c’est un grand pas de moi-même à ce visage de Dior. C’est aussi un rôle pour lequel je dois me préparer physiquement. Mais c’est justement ce genre de grand écart qui m’intéresse.

Avez-vous abordé de nouveaux registres grâce aux Dardenne?

J’ai en tous les cas énormément appris en tant qu’actrice. C’est dû aux frères Dardenne de manière générale, mais aussi à leur méthode de travail spécifique pour ce film. Chaque scène est en effet constituée d’une seule longue prise. Vous êtes dans ce cas obligée de faire appel à votre imagination. Si je voulais que Sandra reste tout le temps crédible durant ces longues prises, alors il fallait que je la connaisse à fond. Je devais savoir exactement, pour moi-même, pourquoi elle avait eu une dépression, combien de temps celle-ci avait duré, comment sa famille avait vécu cela. Mais aussi comment avait été son enfance, quelle musique elle aimait écouter et ce qui la faisait rire. Quand vous savez tout cela, vous pouvez vous y raccrocher pour donner vie à votre interprétation. Certainement vu le nombre de prises que nous faisions. En moyenne, il y en avait 40 à 50 par scène, mais parfois cela pouvait même aller jusqu’à 90.

C’est quand même énorme. N’étiez-vous pas exténuée à la longue?


Non, je trouvais cela très en richissant justement. Aussi du fait que vous êtes ainsi obligée de continuer à réfléchir. Lorsque vous avez fait 50 prises, les petites histoires que vous avez inventées finissent parfois par se tarir. Vous devez alors trouver autre chose sur quoi travailler. Je pouvais vraiment utiliser pleinement mon imagination, et c’était extrêmement gratifiant.

C’est la première fois que vous travaillez avec un réalisateur belge, mais pas la dernière, espérons. Est-ce que vous y avez pris goût?

Vous avez ici un certain nombre de réalisateurs extrêmement talentueux. Michael Roskam de ‘Rundskop’, par exemple. J’ai déjà eu l’occasion de le croiser, mais je n’ai pas encore pu discuter avec lui. Mais savez-vous quel était mon film préféré l’an dernier? ‘The Broken Circle Breakdown’. Ce film m’a profondément touchée. Il est inventif, émouvant, les acteurs sont fabuleux… Partout, j’ai voté pour lui. Aux Césars ET aux Oscars!»

Lieven Trio