L’artiste Poincheval couve des oeufs en direct d’un musée parisien

51
Ph. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

« Qu’un homme couve des œufs m’intéresse parce que cela pose la question de la métamorphose et du genre »: l’artiste français Abraham Poincheval couve depuis mercredi une douzaine d’œufs au Palais de Tokyo à Paris.

Trois semaines seulement après s’être enfermé huit jours dans un « sarcophage de pierre » taillé à sa silhouette, cet artiste coutumier des performances étonnantes s’attaque maintenant à son « premier travail avec du vivant ».

21 à 26 jours

L’artiste de 44 ans couvera jusqu’à éclosion une douzaine d’œufs de poule, sous les yeux du public. Il s’est enfermé mercredi midi dans un « vivarium » en plexiglas chargé selon lui de « conserver un air et une humidité assez stable ». A l’intérieur : de quoi boire et manger, mais aussi une chaise faisant office de « table de couvaison, avec un trou à l’intérieur et un système pour poser les œufs ».

La performance, nommée « Œuf », devrait durer entre 21 et 26 jours. L’artiste ne s’est autorisé qu’une sortie d’une demi-heure chaque jour, afin de ne pas craquer.

Plus exposé

Poincheval avait déjà fait les gros titres fin février avec sa performance « Pierre ». Mais s’il décrivait cette expérience comme merveilleuse et « pas du tout oppressante », l’artiste reconnaît être plus inquiet pour « Œuf »: il s’y sent plus exposé que dans ses œuvres précédentes. « Avant j’habitais, je faisais corps, j’étais à intérieur des choses. Là c’est une véritable transformation, je suis à l’extérieur, je suis celui qui entoure ».

De là découle une autre angoisse: « Il y a un contact beaucoup plus direct avec le public, d’habitude je suis seul avec l’objet. C’est une première » a-t-il déclaré à l’AFP. Dès le début de sa performance mercredi midi, Poincheval semblait en effet assez mal à l’aise face au public qui l’entourait, ont constaté des journalistes de l’AFP.

La source d’inspiration

Celui qui se nourrit « essentiellement de littérature et de mythologie » pour créer ses performances dit cette fois-ci s’être inspiré de l’écrivain Maupassant. Dans sa nouvelle « Toine », le anti-héros éponyme se retrouve immobilisé suite à une crise cardiaque. Sa femme le force alors à couver des œufs.

Mais l’inspiration pourrait aussi venir d’ailleurs: « Quand il était petit, Abraham a eu une petite poule, comme les autres enfants ont un canard ou un chat. Il passait beaucoup de temps à s’en occuper » a confié Christian, son père, à l’AFP. Une fois nés, les poussins iront couler des jours heureux dans la ferme normande de Christian, qui assure en riant qu‘ »ils ne finiront pas sur la table ».

SHARE