Camille Cottin de « Connasse » à fille de Juliette Binoche

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Si vous aimez l’humour Canal+, vous n’avez pas échappé à «Connasse», ses pastilles en caméra cachée. Depuis, Camille Cottin, issue du théâtre, continue de cartonner au petit écran avec la série «Dix pour cent», mais elle est aussi entrée dans le monde du cinéma («Les Gazelles», «Nos futurs», «Alliés» avec Marion Cotillard). Elle retrouve sa complice, la réalisatrice Noémie Saglio dans «Telle mère, telle fille» où elle joue la fille de Juilette Binoche. Rencontre avec une nana pétillante, qui n’a définitivement rien d’une connasse.

Vous connaissez bien Noémie Saglio, avec qui vous avez tourné la série «Connasse» et le film tiré de la série. On sait qu’elle a écrit ce film en pensant à vous. Elle vous en a parlé dès le départ?

Camille Cottin: «Dès le départ elle m’a parlé de cette histoire, mais sans me dire qu’elle pensait à moi. Une fois qu’elle a eu son point de vue, le prisme par lequel elle voulait construire le film, elle a défini ses personnages. Et c’est seulement là qu’elle m’a proposé le rôle. Avril aurait pu être beaucoup plus jeune, mais elle voulait justement quelqu’un d’installé, avec une carrière…»

Comment vous avez abordé ce personnage d’Avril?

«Au début du film elle est vraiment ‘winneuse’: elle va annoncer sa grossesse, elle a un mec, une carrière… Elle a l’impression de maîtriser sa vie. Et le fait que sa mère prenne mal sa grossesse, ça la déstabilise vachement. Puis quand sa mère tombe enceinte aussi, ça va carrément générer une rupture. Ça la ramène à des blessures d’enfance qu’elle croyait enfouies, et c’est ça qui m’intéressait d’explorer.»

Dans le film, le personnage de Juliette Binoche est très volatile, et par réaction peut-être, votre personnage, sa fille Avril, est très organisée…

«Oui, je pense que le titre du film est justement ironique. Et effectivement, le personnage d’Avril se construit en opposition à sa mère. On sent qu’elle a manqué de repères, et que la structure la rassure, alors qu’au contraire, elle a une mère que la structure ennuie. Même le père d’Avril lui fait comprendre qu’il trouve sa fille un peu trop conformiste.»

Votre père est incarné par Lambert Wilson: comment ça s’est passé entre vous?

«C’était amusant, parce qu’en plus, physiquement, de profil on ‘matche’ bien: les yeux clairs, le nez busqué… Et comme il est plutôt beau mec, c’est pas désagréable (rires). Il a gardé une part d’enfance qui se ressent dans sa façon d’aborder le rôle. Et puis ça se sentait que ça l’amusait de faire une comédie. Donc j’étais très contente de mon papa de cinéma. Et de ma maman aussi!»

Justement parlons de Juliette Binoche: ça doit être à la fois impressionnant et excitant de jouer avec une telle actrice. Qu’est-ce qu’elle vous a appris?

«Oui, j’aimais bien la regarder travailler, la regarder construire au fil des prises. Ne pas avoir le souci, dès la première prise, d’avoir un résultat. Elle laisse les choses venir, alors que moi qui ne suis pas très expérimentée, j’ai cette inquiétude de tout de suite proposer quelque chose. J’ai aimé m’adapter à elle là-dessus. Elle m’a appris à ne pas avoir peur de me tromper, de partir dans une direction différente, d’explorer les choses.»

« Juliette Binoche m’a appris à ne pas avoir peur de me tromper »

Vous dites que vous n’êtes pas très expérimentée, pourtant vous avez tourné avec Robert Zemeckis dans «Allied» face à Marion Cotillard et Brad Pitt, une grosse production, à mille lieues de ce que vous faites d’habitude. Qu’avez-vous retenu de cette expérience?

«Oui, c’était étonnant de se retrouver là. C’est Hollywood, quoi! Ma participation est très petite, mais je l’ai prise au sérieux quand même. C’était intéressant de les voir travailler. Je trouve que Marion Cotillard est une très grande actrice: lors de son premier jour de tournage, elle faisait des blagues avec nous, alors que je sais qu’elle était très nerveuse, elle me l’avait dit, ses mains tremblaient un peu. Mais au moment de dire ‘Action’ elle était super-concentrée. Ce que je veux dire, c’est qu’elle était sérieuse, mais elle ne se prenait pas au sérieux. Ça m’a interpellée de voir qu’à son niveau, elle appréhende les choses de cette façon-là, alors qu’en effet on est sur des enjeux assez importants. C’est une façon de travailler qui me plaît.»

La série «Connasse» a connu un grand succès sur Canal+. Vous avez dit qu’à la fin on vous reconnaissait dans la rue. Ça se passait comment? Pas trop mal?

«Non, ça va. Il y a des gens qui se retournent en hurlant: ‘Oh mais c’est Connasse!!!’ (rires). Mais c’est toujours gentil. Les gens qui n’ont pas aimé ce programme ne viennent pas me le dire, en tout cas (rires)!»

Avez-vous quand même l’impression que ça reste votre carte de visite?

«Sûrement. Mais bon, après y a des gens qui me parlent de ’Dix pour cent’…»

«Dix pour cent», c’est quand même 5 millions de spectateurs en France, une deuxième saison en avril… Vous dégommez les petits secrets des acteurs, les coulisses du métier…

«Oui, ça m’a amusée parce que je trouve que c’est assez juste. Après avoir tourné ’Dix pour cent’, je me suis retrouvée dans des situations qui m’ont rappelé des épisodes de la série.»

Elli Mastorou

En quelques lignes

«Freaky Friday», «Retour chez ma mère», «LOL»… Les rapports, souvent compliqués, entre les mères et leurs filles, c’est un sujet qui revient régulièrement en comédie. Mais on l’a rarement vu traité comme ça : dans «Telle mère, telle fille», Camille Cottin et Juliette Binoche tombent enceintes en même temps : la fille exprès, la mère pas. La première est aussi nerveuse et conformiste que sa mère est insouciante et fantasque. Diamétralement opposées mais intimement liées, Avril (Cottin) et Mado (Binoche) vont inévitablement se «clasher». Travaillant de pair depuis la série «Connasse» sur Canal+ et le film qui en a découlé, Noémie Saglio (derrière la caméra) et Camille Cottin (devant) sont rejointes par une Juliette Binoche blonde et pétillante dans cette comédie qui porte une tendresse toute particulière à ses personnages. Mais cela ne suffit pas à compenser le rythme bancal du film, qui navigue entre quelques joutes verbales savoureuses (Cottin qui engueule sa mère) et beaucoup de gags visuels maladroits (chutes de scooter, chiens curieux, chewing-gums). On a de la peine aussi pour Lambert Wilson, qui bégaye plus qu’il ne parle. Une comédie légère, mignonne mais mal agencée, qui ne fera hélas pas date.