Guillaume Canet pour ‘Rock and Roll’: « Je ne suis pas jaloux de Marion Cotillard »

Copyright Jean Claude LOTHER / LES PRODUCTIONS DU TRESOR – PATHE PRODUCTION – M6 FILMS – APPALOOSA CINEMA – CANEO FILMS

Certains d’entre vous le connaissent grâce à ses rôles devant la caméra (‘The Beach’, ‘Jeux d’Enfants’), ou derrière (‘Ne le dis à personne’, ‘Les Petits Mouchoirs’) … Et certains ne le connaissent pas du tout, mais ils ont entendu parler de sa femme : l’Oscarisée Marion Cotillard. A 43 ans, Guillaume Canet, réalisateur et acteur français, père d’un enfant (et d’un deuxième en route), réalise qu’il n’est plus aussi ‘cool’ qu’avant. Le résultat ? ‘Rock and Roll’, une comédie explosive pleine d’autodérision.

Comment ça va ?

GUILLAUME CANET : « Très bien, j’ai beaucoup de plaisir à parler de ce film et d’en faire la promotion. Je fais ça depuis quatre semaines maintenant, et en début de journée j’ai toujours l’impression que je ne vais pas y arriver, mais au fur et à mesure des échanges avec les journalistes et le public, je me rends compte qu’il y a des nouvelles choses qui apparaissent. C’est un film assez riche, en fin de compte (rires). »

A travers la crise que traverse votre alter-ego, vous parlez du refus de vieillir, de se conformer à une certaine image que la société attend de nous…

« Oui, c’est aussi parce que la société nous emmène là-dedans, et nous oblige à ne pas être ‘rock’, justement. Après on a chacun notre définition de ce qui est ‘rock and roll’ ou pas, mais en tout cas pour moi ça s’apparente à la liberté d’être soi-même. Mon coscénariste Rodolphe Lauga m’a raconté qu’à 60 ans, son oncle a décidé un jour de se tatouer partout. Cet homme a eu besoin de devenir quelqu’un d’autre, et je trouve que c’est totalement honorable. C’est pareil dans le film : c’est l’histoire d’un mec auquel on dit qu’il est pas ‘rock’, mais au final pour moi il l’est, parce qu’il fait tout pour être quelqu’un qu’il n’est pas… mais qu’il veut être ! Être rock aujourd’hui, pour moi, c’est ça : avoir la liberté de refuser de rentrer dans une norme bien établie. »

« Les gens voient du faux partout »

 

Dans une scène du film, une personne dans la rue vous appelle ‘Monsieur Cotillard’ : c’est votre façon de vous moquer du fait que vous êtes moins ‘connu’ que votre compagne. Comment vous gérez cela au quotidien ?

Copyright Jean Claude LOTHER / LES PRODUCTIONS DU TRESOR – PATHE PRODUCTION – M6 FILMS – APPALOOSA CINEMA – CANEO FILMS

« C’était ça qui m’amusait, et que je voulais montrer. J’ai pu ressentir parfois, de la part de certaines personnes, qu’elles voulaient absolument s’imaginer que je suis jaloux, ou triste, de ne pas être au même niveau qu’elle. Mais comment ne pas être admiratif et heureux de voir la personne qu’on aime réussir ? Je pense que dans toute relation, c’est important d’admirer ce que fait l’autre. Là où je pense que ça peut être compliqué, c’est quand on fait le même métier, mais avec un des deux qui galère. Avec Marion on est dans le même milieu, mais de mon côté je suis très épanoui, je travaille beaucoup et ça se passe bien, donc je ne le vis pas mal. »

 

Est-ce qu’à un moment vous aviez envisagé de faire un film sur Marion Cotillard ?

« Non, l’idée de départ du film était de faire une introspection, parler de moi tel que je suis. Tout ce qui est dans le film est vrai à la base, après on a exagéré les choses sur certains trucs. Mais c’est vrai que ça m’a amusé aussi de montrer cet aspect de ma vie par rapport à Marion : j’ai déjà eu des gens qui m’approchent pour soi-disant me demander quelque chose, et en fait après quelques minutes je réalise que ce qu’ils veulent, c’est parler à elle. Ils n’en ont rien à foutre de ma gueule (rires) ! »

Et ça ne vous dérange pas ?

« Je pense que je suis suffisamment grande gueule pour les envoyer chier (rires). »

Le film tourne autour de l’image que le public a de vous. Comment gérez-vous cet aspect-là, la notoriété ? 

« L’image que j’ai de moi a toujours été la même. Je sais qui je suis, ce que je veux, ce que je ne veux pas. Et je pense que ce n’est pas inconscient si j’ai fait ce film-là : c’était aussi parce qu’à force d’entendre des conneries sur mon compte ou sur celui de ma femme, j’avais envie de dire à un moment : « Attendez, moi aussi je peux faire ça, c’est très facile ». Et ce qui est dingue, et je m’en rends compte maintenant que le film est fait, c’est que les gens veulent toujours savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, mais que quoi qu’on leur dise, ils décident pour eux-mêmes. »

« La société nous oblige à ne pas être ‘rock’ »

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C’est-à-dire ?

« On est tellement gouvernés par des menteurs, et on vit tellement dans un monde géré par le mensonge, que finalement ça ne change rien de savoir le vrai du faux. Même quand on fait des conneries sur les réseaux sociaux avec Marion (ils ont posté une série de photos ‘honteuses’ sur leurs comptes Instagram respectifs, ce qui a généré un certain ‘buzz’, NDLR), quelque chose qui est parti d’un délire à la base, qui n’était pas de la promotion mais qui après l’est devenu, même là, les gens disent : « C’est faux, c’est de la promo. » C’est ça qui est dingue : les gens ne voient que du faux partout. Du coup, on peut totalement s’amuser dans le vrai. »

 

Si vous pouviez remonter le temps pour retrouver le Guillaume Canet qui a débuté dans ‘La Plage’ de Danny Boyle avec Leonardo diCaprio en 2000, que lui diriez-vous ?

« De ne pas faire ‘Vidocq’, qui était juste après (rires) (thriller rétro-futuriste avec Gérard Depardieu qui a été un échec notoire, NDLR). En même temps je dis ça, mais j’ai appris beaucoup sur ce film, que je n’aurais peut-être pas appris autrement. Je n’aurais peut-être pas fait ‘Mon Idole’ (son premier film en tant que réalisateur, NDLR), qui est la synthèse de tout ce que j’ai vécu, et notamment de la notoriété qui n’était pas méritée sur ‘La Plage’. Je me suis retrouvé parachuté en couverture des journaux alors que je n’avais rien fait de spécial… »

 

EN QUELQUES MOTS…

Un beau jour, Guillaume Canet, acteur et réalisateur de 43 ans, réalise que l’époque où il faisait rêver les jeunes filles (comme dans ‘The Beach’ aux côtés de DiCaprio), est révolue. D’ailleurs demandez à un ado qui est Guillaume Canet, on parie qu’il ne voit pas ? (Mais si, c’est le mec de Marion Cotillard !) Passé le choc, Guillaume est forcé de le constater : la paternité, l’équitation et la nourriture bio, c’est pas très « rock and roll ». Alors sous le regard stupéfié de son entourage, il va tenter de casser son image… et il va aller très (trop ?) loin. Difficile de rester de marbre face à cette autofiction jouissive, dans laquelle Canet pousse la crise de la quarantaine à son maximum. Sans dévoiler la seconde partie (qui va à fond dans le n’importe quoi), c’est notamment le fait d’assumer ce dérapage jusqu’au bout qui fait la force du film. Mais c’est aussi son autodérision joyeuse, sorte de doigt d’honneur aux critiques, à la pression que les acteurs ont face à leur image, et à la pression sociale en général. Marion Cotillard et Guillaume Canet n’hésitent pas à rire d’eux-mêmes, et on rit avec eux de bon cœur, tout en se questionnant, nous aussi, sur notre conception de ce qui est ‘rock’ ou pas. Une crise identitaire qui fait du bien aux zygomatiques. 3/5 (em)

 

 

SOURCEElli Mastorou
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