Metro Diversity : ‘Nuff Said veut « toucher tout le monde » avec ses spectacles

Ph. D. R.

Notre série Metro Diversity vous invite chaque semaine à découvrir le travail d’une association mettant en valeur la diversité bruxelloise. Cette semaine, faites connaissance avec ‘Nuff Said. 

’Nuff Said est le fruit d’une idée originale de l’Anversois Mourad Bekkour. L’homme réunit depuis dix ans déjà artistes et public. Il touche un public varié, ce qui était clairement son objectif. «Anvers est l’une des villes les plus multiculturelles au monde. Trop souvent, on pense et on agit de façon compartimentée, on ne voit souvent que les gens à la peau brune ou les gens à la peau blanche. Et c’est comme ça qu’on reste dans des ghettos. La culture est une façon extraordinaire de réunir des gens de toutes les communautés. J’ai lancé ‘Nuff Said avec l’idée que tout le monde est un citoyen, qu’il y a plus de ressemblances que de différences. ’Nuff Said peut se traduire par ‘assez de bla-bla’. J’ai assisté à des tonnes de débats sur l’intégration où on répétait à chaque fois la même chose, sans que rien ne se passe. Quand je travaillais aux actualités de la VRT, j’ai vu comment les bulletins d’information étaient surtout axés sur la population moyenne blanche. Il faut briser ces schémas», déclare-t-il.

Mourad Bekkour – Ph. Lien van den Eynde

Un concept fort

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Mourad Bekkour travaille depuis de nombreuses années à la Ville d’Anvers et, depuis peu, dans un théâtre de la cité flamande, l’Arenbergschouwburg. Pendant ses études, il était barman au centre culturel Zuiderpershuis, où il a côtoyé de nombreux artistes, ce qui l’a incité à assister aux spectacles. «Un nouveau monde s’est ouvert à moi. Je me suis découvert une passion pour la comédie, le jazz et la parole. Je voulais faire quelque chose avec ça, mais j’avais du mal à choisir un seul genre. Je m’intéressais aussi à la réalisation de vidéos. ‘Nuff Said combine tout à la fois. Si vous venez pour le jazz, vous découvrirez peut-être la poésie. Ou l’inverse.» Quatre artistes de disciplines différentes disposent chacun de vingt minutes. L’animation musicale est prise en charge par le groupe jazz-funk BRZZVLL et Johan Petit endosse le rôle de présentateur de la soirée. ’Nuff Said présente outre des talents locaux aussi de grands noms comme Wim Helsen, Wouter Deprez, Tom Lanoye, Ish Ait Hamou. Des étrangers aussi comme l’Américaine Ursula Rucker et le Néerlandais Jandino Asporaat ont déjà occupé la scène. «Cela se passe surtout par le bouche-à-bouche. Nous avons des contacts dans différents pays qui découvrent f des artistes.»

Une ambiance ouverte

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Les spectacles de ’Nuff Said se jouent à chaque fois très vite à guichet fermé. Son lieu de résidence est le Cultuurcentrum Berchem, mais il œuvre aussi à Turnhout, Genk et Gand. Et prochainement aussi à Bruxelles. «Nous y serons implantés dans le foyer du centre culturel Beursschouwburg. C’est parfait, car là aussi nous pouvons recréer l’ambiance conviviale, qui nous caractérise. Les gens sont assis tout près les uns des autres, c’est facile pour bavarder. Les artistes aussi sont assis dans le public, jusqu’à ce qu’ils doivent monter sur scène. Je suis curieux de voir comment ça va se passer dans la capitale. Bruxelles est en effet une ville particulière avec beaucoup de communautés et de langues différentes. Nous allons organiser deux spectacles en test, si ça marche il y en aura plus.»

Documentaire

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L’été passé, ’Nuff Said a découvert Chicago avec le groupe maison BRZZVLL et le poète américain Amir Sulaiman. «Je voulais assister au festival interculturel ‘Takin’ it to the streets’. Il existe depuis 20 ans déjà et attire des milliers de personnes du monde entier. Nous avons été invités par IMAN, Innercity Muslim Action Network. C’est une organisation socioculturelle qui a été créée par des musulmans et a pour objectif d’apporter un changement dans le sud de Chicago, où il y a beaucoup de problèmes sociaux. Les organisateurs mettent aussi sur pied des formations et des projets sociaux. Sous le slogan ‘The journey to justice just continues’ (‘Le voyage vers la justice ne fait que continuer’), le festival était placé cette année sous le signe de Martin Luther King qui, il y a 50 ans jour pour jour avait organisé une marche dans le Marquette Park où le festival était organisé. Nous avons tourné un documentaire sur l’échange avec IMAN, la marche, le festival et dix ans de ’Nuff Said. Nous avions aussi sorti dans l’intervalle le CD ‘First let’s dance’, qui a reçu des critiques élogieuses. Notre documentaire sortira en avril. C’est le résultat d’une période d’enregistrement courte, intense, mais inspirante, avec un fort sentiment d’implication.»

Des moyens

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Après dix ans de bénévolat, ’Nuff Said a réussi à trouver des fonds. «Nous avons rentré une demande de subsides. Nous y avons travaillé d’arrache-pied, avec le résultat positif que nous pouvons maintenant engager des collaborateurs à temps partiel. Il s’agit en principe d’un seul job à temps plein. Mais nous l’avons divisé parce que nous avons besoin d’une expertise dans différents domaines. C’est une bouffée d’oxygène. Nous pouvons désormais étendre notre fonctionnement et soutenir beaucoup plus d’initiatives. Des idées, nous en avons suffisamment, mais jusqu’à présent c’est le temps qui nous manquait. Je repense avec beaucoup de plaisir à nos débuts. Mais c’était dur, je travaillais souvent jusqu’aux petites heures, par exemple pour régler l’administration. Entre-temps, j’ai aussi une famille. Les chouettes réactions du public nous ont à chaque fois redonné à moi et aux autres bénévoles l’énergie de continuer», conclut Mourad Bekkour.

Hilde Pauwels

Appel

Pour la postproduction de son documentaire, ’Nuff Said est à la recherche de soutien. Vous voulez les épauler dans ce projet ? Les dons sont les bienvenus sur le compte BE91 7310 1044 7376.

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