Patricia Kaas: «J’ai l’impression d’avoir ouvert les yeux»

Treize années se sont écoulées depuis son dernier disque de titres inédits. Après des projets comme «Kabaret» et «Kaas chante Piaf», Patricia Kaas sort un album éponyme, et engagé, qui annonce la renaissance de l’icône de la chanson française.

Treize ans après l’album «Sexe fort», vous préférez que l’on parle de nouveau départ plutôt que de retour, pourquoi?

«C’est un peu un nouveau départ dans ma vie de femme. Mon état d’esprit a changé, je suis beaucoup plus relax. Je ne sais pas si ce sont les années qui passent, l’expérience de la vie ou un ensemble de choses qui font qu’aujourd’hui j’ai changé pas mal de choses autour de moi. Je produisais mes disques, je suis allée dans une maison de disques, je produisais mes spectacles, j’ai pris Live Nation. J’avais envie d’avoir des choses plus calmes autour de moi pour que je puisse juste profiter de la musique. J’ai eu des moments difficiles ces derniers temps qui font que j’ai un état d’esprit différent. J’ai plus confiance en moi ce qui me permet d’aborder des sujets différents, plus profonds, comme l’inceste que je n’aurais peut-être pas osé faire avant.»

Féminisme, inceste, femmes battues, l’album se veut engagé. Pourtant, vous dites ne pas faire de militantisme pour autant. Comment décririez-vous ce dixième album?

«Je trouve qu’il est engagé émotionnellement mais ce n’est pas dans le sens où je veux que le monde change et que je tape sur la table. Ce sont des sujets qui existent malheureusement et j’ai au moins le courage d’en parler.»

« J’aurais aimé être cette Adèle qu’on tient par la main et à qui on donne ces conseils »

Dans «Adèle», vous expliquez à une adolescente que la vie ne sera pas facile en tant que femme. Le sexisme c’est quelque chose que vous avez vécu dans le milieu musical?

«Oui bien sûr, parce que j’ai dû me battre. Alors oui, on est toujours entouré mais ce n’est pas évident parce que c’est un monde où il y a beaucoup d’hommes et où l’on regarde la femme en se disant ‘Est-ce qu’elle va arriver à faire ça?’. Quand j’ai interprété cette chanson j’avais l’impression pour la première fois d’être un peu comme une maman qui donne effectivement des conseils à une fille. Peut-être aussi tout simplement que j’aurais aimé être cette Adèle qu’on tient par la main et à qui on donne ces conseils. Ceux-là, je ne les ai pas eus parce que je n’avais pas cette personne-là, cette maman, cette femme qui pouvait m’apporter ça. J’étais très entourée mais par des hommes.»

Vous n’avez jamais eu envie de prendre la plume pour exprimer ce que vous ressentiez?

«Peut-être pas là mais avant je me suis déjà posée la question. Sur ‘Kabaret’, j’avais coécrit une chanson qui s’appelait ‘Une dernière fois’ et qui parlait de ma maman. Justement, c’est aussi un peu un nouveau départ parce que j’essaie de me dire que ça fait 30 ans (sa mère est décédée en 1989, ndlr) et que maman aurait été fière. Là, j’ai un peu coupé ce cordon. C’est pour ça que je dis qu’il y a un changement dans ma vie. Maintenant, me dire que je suis capable d’écrire, je ne sais pas.»

Après 30 ans de carrière, quel regard portez-vous sur toutes ces années?

«Je suis très fière et je trouve ça génial. Je n’avais pas envie de tomber dans l’ennui, j’avais besoin de continuer d’apprendre des choses, ce qui n’était plus le cas à un moment. Des spectacles comme ‘Kabaret’ ou ‘Kaas chante Piaf’, c’était une parenthèse géniale qui m’a appris beaucoup de choses.»

« J’ai envie d’être égoïste »

En 2011, vous racontiez ne plus pouvoir avoir d’enfant. Considérez-vous que votre carrière vous a empêché de vous réaliser personnellement?

«Quand on est une femme, on se dit que ce n’est pas le moment, pas la bonne personne, il y a aussi une certaine peur. Aujourd’hui, je ne peux pas dire que je regrette parce que c’est quelque chose que je ne connais pas. Mais quand on arrive à un âge où on se dit maintenant il faut sérieusement y penser et qu’à ce moment-là on a une personne en face qui vous dit que c’est trop tard parce qu’il y a ce truc qui fait que la machine pour faire des enfants ne fonctionne plus, vous prenez un gros coup dans la gueule parce que ce n’est plus vous qui décidez. C’était surtout ça qui faisait mal. Mais aujourd’hui, franchement, adopter un enfant, je suis tellement bien dans ma tête et dans ma peau que j’ai envie d’être égoïste et de prendre ce moment pour moi parce que j’ai l’impression d’avoir ouvert les yeux et de voir le monde différent.»

Patricia Kaas sera en tournée le 14 février au Cirque Royal et le 28 mars au Forum de Liège.

SOURCELaura Sengler
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