Les lanceurs d’alerte de LuxLeaks devant la justice

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Le lanceur d’alerte Antoine Deltour est accusé d’avoir organisé la fuite de documents fiscaux du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC) à Luxembourg, pour lequel il travaillait. Il doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Luxembourg aux côtés du journaliste français Edouard Perrin, qui a révélé le scandale, et d’un autre ancien employé de PwC, Raphaël Halet, à l’origine d’une seconde fuite de documents. Le cabinet d’audit est partie civile au procès. Antoine Deltour encourt jusqu’à 10 ans de prison.

Le scandale avait éclaté en novembre 2014, dévoilant au grand jour les pratiques de firmes comme Apple, Ikea et Pepsi pour économiser des milliards de dollars d’impôts à l’époque où le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker était Premier ministre du Luxembourg (1995-2013). Le procès, qui doit durer jusqu’au 4 mai et sera suivi de près par les ONG anti-corruption, tombe mal pour ce petit État de l’UE. Depuis des mois, il peine à se départir de son image de havre fiscal pour les entreprises, sur fond de forte sensibilisation de l’opinion à ces sujets en plein scandale des «Panama papers».

Ce procès pose également la question de la protection des lanceurs d’alerte, quelques jours après l’adoption par le Parlement européen de la directive «secret des affaires». Celle-ci est accusée par ses détracteurs de mettre en danger les lanceurs d’alerte, qui pourraient devoir répondre de leurs révélations. Il reviendra en fait à un juge de trancher. Mais de nombreux eurodéputés avaient estimé que, si la directive «secret des affaires» était nécessaire, elle devait s’accompagner d’un texte pour protéger les lanceurs d’alerte.

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