Marc Levy: « Mon roman est avant-gardiste »

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Pour « L’horizon à l’envers », vous vous êtes inspiré de l’histoire de Kim Suozzi et Josh Schisler. Qui sont-ils ?

« En réalité, je ne me suis pas inspiré de cette histoire. C’est leur histoire qui m’a inspiré. La subtilité est importante. Quand on s’inspire de l’histoire de quelqu’un, on va la raconter. Ici, ce n’est pas le cas. Kim et Josh m’ont donné envie de me lancer dans un certain registre. Leur histoire n’a rien à voir avec celle du roman. Mon précédent roman était une comédie romantique. Aujourd’hui, dans ce monde de violence absolue, dès qu’on parle d’amour, on y voit un côté niais. Pourtant, tout le monde rêve d’amour et crève de solitude. Je voulais donc écrire une grande histoire d’amour. Ce que j’avais lu sur Kim et Josh m’avait bouleversé. Je me suis dit qu’une histoire d’amour, c’est magnifique. On parle souvent de comédie romantique mais ici, j’ai voulu écrire un roman qui soit un d’aventures, un thriller, basé sur une histoire d’amour. »

Peut-on également parler de science-fiction ?

« Non, je ne pense pas. J’ai reçu dernièrement un email d’une lectrice qui a aimé mon livre. Elle m’écrit qu’elle avait revécu à l’âge adulte avec mon livre ‘Horizon à l’envers’, ce qu’elle avait ressenti à l’adolescence en lisant ‘La Nuit des temps’ de Barjavel. C’est également un roman culte de mon adolescence. Lorsque l’on parle d’un futur proche et rempli d’espoir, sommes-nous dans la science-fiction ? Je ne pense pas. Par ailleurs, les choses scientifiques dont je parle dans mon roman sont vraies ou sont en train de le devenir. Cependant, on peut dire que le roman et l’histoire sont avant-gardistes. »

Votre intrigue tourne autour de la cryogénisation et du transfert et de la sauvegarde de la conscience humaine vers un ordinateur, et de l’ordinateur vers un corps humain. Qu’est-ce qui vous attire dans ces recherches scientifiques ?

« En réalité, il n’était pas question pour moi d’entraîner le lecteur dans un roman scientifique. De toute façon, j’étais très mauvais en math et en physique. Je me suis beaucoup documenté sur la réalité que je raconte dans mon livre. Et cette réalité m’a stupéfait. Je suis absolument convaincu que les annonces qui seront faites dans les années à venir, notamment celles dont je parle dans mon roman, vont complétement transformer nos vies. Ce qui m’a attiré, c’est la part du rêve. Je trouve que ce qui nous manque le plus actuellement, c’est cette envie de rêver et d’avoir de l’espoir. Il y a une phrase dans le livre qui résume toute mon intention lorsque Flinch fait le parallèle entre ‘La route’ de Kerouac et ‘La route’ de McCarthy. Il y a 60 ans, Kerouac écrivait une route qui s’ouvrait à des jeunes, qui était pleine de promesses, d’ivresse et d’espoir. Cinquante ans plus tard, McCarthy écrivait le trajet d’un jeune homme sur une route apocalyptique. En 50 ans, on voit ici la différence de visions de l’avenir. J’ai eu envie en quelque sorte de renouer avec ‘La route’ de Kerouac. »

C’est un roman positif sur le futur que vous avez eu envie d’écrire?

« Oui, je voulais écrire un roman qui parle d’un futur rempli d’espoir. Les livres qui m’ont donné envie de lire d’autres livres ou des films qui m’ont donné envie de voir d’autres films sont ceux qui étaient portés par des personnages qui m’ont donné envie d’être, d’aimer, de vivre et de me dépasser. On écrit finalement les livres qu’on a envie de lire soi-même. J’ai eu envie d’écrire un livre qui parle de personnes que l’on a envie d’aimer. Je n’ai jamais autant aimé une héroïne de roman que Hope. C’est une fille épatante.»

Ces découvertes scientifiques comme le transfert et la sauvegarde de la conscience humaine peuvent aussi faire peur, vous ne pensez pas ?

« C’est une question d’éducation et de choix personnel. On peut se nourrir d’espoir ou se nourrir de peur. Mais finalement la seule chose que l’on peut faire, c’est de raconter des histoires qui montrent qu’il ne faut pas systématiquement avoir peur du futur. »

Comment imaginez-vous notre société dans le futur ?

« Contrairement à ce que montrait le cinéma il y a des années quand il racontait le futur, les structures n’ont pas changé. On ne va pas démonter nos villes, nos routes, nos montagnes. Ces gigantesques mégapoles futuristes n’ont pas plus de raison d’être dans 50 ans qu’elles ne le sont aujourd’hui. En revanche, personne n’aurait imaginé il y a 50 ans à quel point internet, le portable, la communication entre les hommes évolueraient et changeraient énormément de choses, y compris dans nos gouvernances. Ce que j’envisage dans les années à venir, c’est un brutal et positif allongement de la durée de vie. Ce qui changera beaucoup de choses dans nos vies. Si votre espérance de vie passe à 120 ans, vous serez seulement à 50 ans un trentenaire ! »

Comme épigraphe, vous prenez une citation de Victor Hugo : « Rien n’est plus imminent que l’impossible ».

« Cette citation en dit beaucoup. Le monde ne cesse de se transformer, d’évoluer. La quasi-totalité de ce que nous vivons aujourd’hui avait été jugée impossible il y a 20 ou 30 ans. Une des plus belles qualités de l’Homme est son imagination, et son pouvoir d’imaginer l’impossible. Je garderai toute ma vie en mémoire ce souvenir quand j’ai reçu, à sept ans, le livre ‘De la terre à la lune’ de Jules Vernes. Dans la préface, on expliquait que lors de sa publication, ce livre avait été décrié. Le mois suivant, j’ai vu à la télévision les premiers pas de l’Homme sur la lune. Je me suis demandé si ces astronautes étaient là où ils étaient parce que ce livre leur avait donné envie de rendre la chose possible. »

Quand nous nous étions rencontrés l’année passée à Paris, vous m’aviez dit que vous en aviez marre de l’étiquette de ‘comédie romantique’ que les médias vous collent tout le temps. Vous vouliez donc faire autre chose avec ce roman ?

« J’en n’ai jamais eu marre car c’est une très jolie étiquette. Si je dois avoir une étiquette dans le dos, je vis mieux avec celle d’un auteur qui écrit sur l’amour que d’un sérial killer (rires). Ce qui m’a fait sourire l’an dernier, ce sont les articles qui parlaient de mon retour à la comédie romantique. Il avait fallu que j’en écrive une pour que la presse se rende compte que je n’en écris pas si souvent que cela. Il est vrai que j’ai eu beau écrire des thrillers, un roman historique, des polars, … J’avais effectivement toujours cette étiquette. Ici, j’avais envie d’écrire un roman original et une grande histoire d’amour qui ne soit pas forcément une comédie. »

Votre roman raconte une grande histoire d’amour mais aussi le récit d’un trio inséparable et touchant.

« Le plus important pour moi est d’entraîner le lecteur dans une histoire dans laquelle il trouvera des personnages qui vont lui tenir au corps et au cœur. »

Maïté Hamouchi

À propos du livre 

Josh, Hope et Luke sont étudiants en neurosciences. Ils forment un trio inséparable lié non seulement par une grande amitié mais également par une soif de découvertes. Pour eux, rien n’est impossible. Et lorsque l’un d’entre eux se retrouve face à la mort, les deux autres vont tout tenter pour la défier et faire en sorte que l’amour triomphe. « L’horizon à l’envers » contient toutes les caractéristiques d’un bestseller : il mélange grande histoire d’amour et d’amitié, suspense, rythme et intrigue. Il met en scène des personnages attachants, il imagine un futur rempli d’espoir. Bref, c’est un roman positif et avant-gardiste, qui nous promet un présent et futur où rien n’est impossible !

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«L’horizon à l’envers» de Marc Levy, éd. Robert Laffont, 399 pages,  21,50€

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