Alex Vizorek dans « Chroniques en Thalys » : De Marine Le Pen à Clara Morgane

Alex Vizorek, vous le connaissez grâce, notamment, à ses chroniques sur les ondes de la RTBF et peut-être même de France Inter. Quatre années de chroniques compilées dans «Chroniques en Thalys».

Pourquoi nommer ton livre «Chroniques en Thalys» et non «en train», «en métro» ou en «tram»?

«Pour deux raisons. J’ai écrit en partie ces chroniques quand j’étais en Thalys ou en tout cas, les idées ont germé dans le train. Le Thalys, c’est comme le cordon entre Bruxelles et Paris. Par ailleurs, c’est aussi presque un hommage. Bernard Yerlès me racontait qu’à l’époque, pour aller conquérir Paris, il devait changer de locomotive à la frontière. Il mettait 3h30 pour aller faire un casting de cinq minutes. Je dois sans doute mon ‘succès’ grâce à la rapidité du Thalys. Alors, si, aujourd’hui, je pouvais avoir une carte à l’année… (rires).»

As-tu réécrit pour le bouquin certaines chroniques?

«J’ai retravaillé les chroniques radios. La structure et le squelette sont les mêmes mais la nuance et le ton sont différents. En radio, tu dois répéter souvent les choses. Pour faire une bonne vanne, il faut que les mots soient très collés. En plus, j’ai relu des chroniques dont je ne me souvenais plus du tout. Ce qui m’a permis d’être moi-même un bon public.»

Comment les as-tu choisies?

«J’avais 400-500 chroniques. L’éditrice a gardé celles qui la faisaient rire. Et de là j’en ai choisies 70.»

Il n’y a pas que des anciennes chroniques, certaines sont assez récentes.

«Je reprends mes quatre années en tant que chroniqueur. Bon, c’est vrai que certaines peuvent paraître datées. Mais il y en a des indémodables. Je pense notamment à celle avec Patrick Bruel. Si je le rencontrais aujourd’hui, je lui referai la même chronique. D’autres parlent de la crise de l’UMP avec Copé-Fillon. Mais j’ai de la chance qu’en politique, ça n’évolue pas toujours… (rires).»

Penses-tu avoir déjà été trop loin dans tes chroniques?

«Je n’en ai pas l’impression. Mais tu vas toujours trop loin pour quelqu’un. Pour le coup, c’est souvent les valides qui sont choquées des blagues faites sur les handicapés; les Blancs sur les Noirs. Après, si je ne choque jamais personne, c’est que je fais mal mon boulot. Je n’en fais pas une fierté. Mais c’est vrai qu’il peut arriver que je reçoive des insultes.»

Tu y réponds?

«Je réponds quand c’est argumenté et intelligent. Quand c’est juste ‘Espèce de con, si j’étais le père du petit Grégory, je te tuerai’. Je ne vois pas trop pourquoi répondre. C’est la colère d’un gars qui n’a pas compris qu’évidemment, à aucun moment, j’ai voulu noyer moi-même le petit Grégory. C’est plutôt le rire pour un peu oublier les malheurs du monde. En tout cas, c’est comme cela que je le vis. Même lors d’un dîner, tu peux choquer quelqu’un: soit la vieille grand-mère, soit la jeune ‘coinços’. Ce n’est pas très grave. Et puis, je suis dans une mouvance de notoriété où les gens sont bienveillants.»

T’es-tu déjà autocensuré?

«Si c’est plus méchant que drôle, alors oui je m’autocensure. Mon but est avant tout d’être drôle.»

Tu as, entre autres, chroniqué sur Marine Le Pen. Un exercice pas facile?

«C’est tout aussi difficile avec certains politiciens très à droite en Belgique, y compris la N-VA. Tu as deux choix: soit tu les bétonnes méchamment -et tu confortes ceux qui disant que l’intelligentsia rejette Marine Le Pen et son lectorat-, soit tu les rends sympathiques et c’est encore plus dangereux. Je pense que c’est une des chroniques les moins drôles. Mais je voulais qu’elle soit dedans, car je trouve qu’elle amène autre chose. Ce jour-là, j’avais mis une marinière et quand je suis arrivé, elle comprend le lien, détourne le regard et elle continue à causer. Elle est sortie du studio, avant que je commence ma chronique.»

Ton livre est illustré par Kroll et Vadot. Comment s’est passée cette collaboration?

«Ce sont deux grands amis et je connais très bien leur travail. Je leur ai demandé s’ils voulaient bien travailler ensemble, ils m’ont dit que oui! Je leur ai envoyé les textes et à part, un dessin de Vadot sur la Suisse, les caricatures ont été dessinées expressément pour le livre.»

 

En quelques lignes

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«L’objectif de ce recueil est double: vendre plus de livres que Stéphane De Groodt tout en utilisant une police de caractère moins grande que celle d’Amélie Nothomb.» Voilà commence Alex Vizorek dans sa compilation «Chroniques en Thalys». Septante des meilleures chroniques de l’humoriste belge y sont compilées. De Marine Le Pen à Clara Morgan, tout en passant par Johnny Hallyday, Alex Vizorek s’est fait plaisir pendant quatre ans et nous fait plaisir par la même occasion! Un bon bouquin à emporter partout avec soi, à lire dans l’ordre ou dans le désordre et à partager avec son voisin ou ses amis. (mh)

«Chroniques en Thalys», d’Alex Vizorek (illustré par Kroll et Vadot), éditions Kero, 278 pages

Crédit photo de une : Belga / S. Kip

SOURCEMaïté Hamouchi
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